|O lObO mAu| est une histoire d'enchantement et de désenchantement sur l'humanité et sa trajectoire, en tant qu'espèce et société, sur la planète Terre et Eau, Air et Feu. Entre fiction et réalité, entre Gardunha et Estrela, elle apporte les visions et réflexions sur la vie et la mort, sur les certitudes du présent et les incertitudes du futur, d'Alcina, Ana et Maria da Conceição, femmes et bergères de nos montagnes.
|O lObO mAu|
§ il est l’heure
#1
Il est l’heure d’écoutoire une histoire.
Nous avons tous une place à table, ne fusse-t-elle pas le sol de notre terre-mère, alma mater, eh bien donc ! Nous élargissons et resserrons le cercle pour accueillir et dire au revoir, autant à l'important qu'au ridicule.
La soupe est servie.
#2
Le bouillon de la vie : apprécions ses couleurs, ses odeurs, ses saveurs. Inspirons d’abord légèrement; alors aspirons à une plus grande profondeur. Avec la bouche qui souffle d’une langue vibrante, ouvrons aussi nos oreilles époustouflantes : le conte du loup va nous hurler.
|prÉfAcE||
#3
Il était une fois, deux fois et trois fois – dix mille peut-être.
A cinq heures du matin commençait l’agitation pastorale, avec celle de l'agriculture : le délice de la culture des débuts de l'humanité, exténuant si précocement sa jeunesse qu’elle naît déjà vieille comme les gens des champs, mais avec une vigueur capable de maintenir la rigueur exigée par le paradis à plein temps, alternant le froid et le chaud de manière grossière.
#4
Le bétail broute comme les humains insouciants, tous abrités sous leurs pelages. Mais la loi des cornes s’impose : lorsque le bélier crie, soyez prudent - ne viendrait-il pas vous charger les côtes ou les valseuses.
Chassez-le au tison, tandis que la graisse s’élève de la motte sous forme d’ambre spirituelle qui s'enduit de charnel.
#5
Les sources, les ruisseaux et les berges des rivières gargouillent également, fontaines diamantées d'eau cristalline. Elles fuient la ville, fuient vers la côte, pour se prostituer sur le grand front de mer. Il se pourrait qu'un jour les moutons flottants transhument vers la mer, fertilisant le voyage avec la foi des selles, comme pour indiquer le chemin du retour sous la voie lactée sans honte prophylactique - la nuit sur la montagne est réchauffée par un autre type de bois.
#6
Là sur les côtes, la loi est celle de l'isolement du moment frôlant l'esclavage de bon humour. Peut-être aussi que des créatures insulaires résistent avec fantaisie, enveloppées par la haute pollution des hautes mers.
Mais de Gardunha à Estrela, l’océan est d'air pur, qui sert de mur contre la brise de mer où flottent comme de la pourriture toutes les ordures. À Cova da Beira l'être s'enracine, partageant avec les champignons la force vitale étendue à l’horizontale en aspirant à la spirale, sans cesser d'imaginer les voix que le silence est capable d’entrelacer avec des points et des croix.
#7
D'où les longues conversations entre bêtes et rochers, entre creux et massifs, entre usures et vigueurs, flottantes dans une sorte de rêve éternel, qui touche le ciel et l'enfer, entre feu intérieur et extérieur, entre glace et dégel, entre floraison et durcissement du coeur.
#8
Comment exprimer tout cela, comment l’exprimer sans l’essorer dans l’ultime râle d’un coq ? Même avec soixante-dix langues de soixante-dix bêtes : les mots adroits manqueraient, et les phrases seraient d'une modulation aussi pauvre que pourrie.
Mais contrebalançant l'indifférence des consonnes, la fécondité de la voyelle, qui sous l'orchestration visuelle de Pushkhy nous entraîne dans la danse, sans trop savoir comment la compréhension progresse - nous ne pouvons que nous laisser emporter par la magie de la poésie avec élasticité et maîtrise, avec sensibilité et
une sérénité inquiète.
Où en êtions-nous ? Ah, nous nous sommes perdus…
#9
Ce n’est pas grave. Recommençons, en enfantant de nouvelles créatures, qui se préparent aux épreuves habituelles, bien que grâce à elles, ne se soient moulées toutes celles qui les avaient précédées. Survécurent celles qui ne tenaient rien pour acquis, se battant instinctivement pour leur vie à poil, sans plus de dissimulation que celles de leurs inquiétudes - parce que les humains et les animaux ont des sensibilités qui vont au-delà des sensibilités gastrogénitales.
#10
Des pressentiments de granit, se décomposant dans un rite de lichens et de mousses, complètent peu à peu les récits qui se révèlent lorsque nous nous apprêtons à écouter comme des sourds qui se rendraient sourds à leur propre surdité pour oser fendre l'atome-peut-être, en libérant ainsi une énergie formidable, avec la force esthétique de mille tontes génétiques.
#11
Et qu’arrêterait le processus une fois qu’il serait déclenché ?
Ce qui nous laisse possédés, ce n'est pas tant la fin, mais le fait de n'en être qu’à la moitié, sans pouvoir voir le spectacle dans son intégralité, nous n'en saisissons qu'une partie, dont nous ne faisons même pas partie. Ou du moins le croyons nous. N'allant pas au-delà d'un point de plus dans de longs points de suspension, suspendus indéfiniment... Mais à un moment donné le paragraphe cède, pour que le suivant ait lieu, ou avec plus de raffinement simplement pour conclure l'interprétation de l'existence par notre imagination, l'accordant à ceux qui s’éternisent, tandis que l'histoire du grand méchant loup s'assombrit sans proportion.
#12
Chacun continuera, ou recommencera : il lui suffira de rassembler des branches pour raviver une flamme : voilà qu’un appel aussitôt émane et s'étend au travers du firmament. D'autres s'approchent, chacun apportant son fagot de bois ramassé en chemin. Ils se sont conglomérés, sans grandes associations ni coopérativisme, ils sont tous venus pour la même raison : pour écouter hurler, puis hurler à leur tour, rêvant d'incarner au moins la peau, pas tant la chair, de cet animal au sein duquel brûle une étincelle inextinguible.
#13
Car ne serait-ce pas incroyable, que le conte soit une invention du vilain, qui a feint une telle fin uniquement pour se cacher, afin de continuer la tournée pour l'éternité, d'aube en aube, sans revendiquer la paternité des événements, mais en les cachant sous forme de divertissement ? Le hasard a voulu : rien que le tout ne supporte, tant que ce qui importe est de maintenir le haricot des traditions dans le ventre vitré de l'acculturation, germant ponctuellement lorsqu'il s'agit de le montrer à ceux qui ne sont pas indifférents à une telle tige.
Rodrigo Santos
Le bleu est froid. Le rouge est chaud. Le ciel est bleu. Le sang est rouge.
Le ciel est bleu mais il n’est pas toujours froid. Souvent il est chaud. Lorsqu’il est chaud, il fait chaud.
Le sang est rouge mais il n’est pas toujours chaud. Souvent il est froid. Lorsqu’il est froid il est mort.
Il fait de plus en plus chaud. De plus en plus rouge. De plus en plus mort.
Les êtres de sang chaud s’éteignent inexorablement, irrémédiablement. Et les êtres de sang froid s’éteignent dans une ultime convulsion fébrile, dans l’indulgence d’un dernier frisson.
Au final, tout se résume au froid.
Quand toute la glace aura fondu, transformant les calottes en pelotes, ce ne sera qu’un pas de plus vers le froid universel.
En attendant, tout se réduira à une soupe bien plus chaude que la soupe primitive d’il y a 4 éons.
Après la récréation, la disparition.
Au divertissement succède l’extinction.
Et à la connaissance, ou à l'absence de connaissance, l’inexistence.
Jusque-là, profitons du souffle qu'il nous reste, enfouis dans des fouilles archéologiques, exhumant des ossements en abondance !
Soupirons du carbone 14 pour le temps passé,
Inspirant haletant les monoxydes et les dioxydes, pendant le temps qu’il nous reste.
|blEu & roUgE|
\Maria da Conceição/
A 5h du matin, nous nous activons et nourrissons les animaux. Ils sont alors à la bonne place pour être à l’ombre. Et puis nous devons aussi cultiver des pommes de terre, des haricots pour manger. Comme nous sommes dans une zone très sèche, nous devons semer des roseaux pour récolter et nous semons aussi du sorgho, que nous devons arroser tous les jours, mais nous profitons du début de matinée et de la fin de journée pour se protéger de la chaleur.
C’est très très mauvais, on n'en peut plus, on ne supporte plus la chaleur, ou à cause de notre âge, parce qu'on n'est plus jeune, mais la chaleur est insupportable, c'est insupportable, surtout dans cette région, c'est très insupportable, de 10h30 jusqu'à 17h.
Avec le froid... maintenant il ne fait plus aussi froid qu'avant, il ne fait plus très froid. On a tellement de vêtements et nous sommes aussi toujours en train de bouger. On ne s'arrête pas du moment où on se lève jusqu'au coucher, on ne s'arrête pas.
Parfois, les gens aiment aller en ville, tout le monde aime être en ville, tout le monde va en ville mais c'est une erreur. Ils ont tellement tort que je ne pense pas que cela en vaille la peine. Parce que nous ici dans les villages... Les gens ont peur des villages, les villages sont un paradis. Vous n'avez pas faim, tout
le monde a à manger, c'est le principal. Nous avons tout, les villages sont déjà propres, les villages et les maisons de village ont tout le confort. Parce que les gens qui vont en ville ont peur du village... Ce n'est pas comme il y a 50 ans.
Tout le monde se plaint de faire 8 heures. Nous, nous en faisons 16, j'ai fait 20 heures pendant de nombreuses années et je suis toujours là, je ne suis pas encore morte. Mais en fait, tout le monde est fatigué d'avoir fait 2 ou 3 heures.
Tout le monde est fatigué.
Ce sont des mammifères amusants, eux les éteints !
Le mammouth de Beira Baixa vivait ici il y a quelques ères, quelque temps après la pulvérisation de la Pangée, lorsque le manteau était encore de la gelée.
Il était tondu à la première lune après la fonte des neiges.
Ici à Gardunha, avec sa laine, on fabriquait des tapis pour l’entrée de la grotte.
Là-bas, à Estrela, on faisait des tapis en “burel”, pour l’entrée du bordel.
Ils ont toujours été plus libertins de ce côté-là de la vallée.
De ce côté-ci, ils chassent et cueillent aussi, mais on dit que le plus vieux métier au monde c’est berger.
Nos ancêtres, ceux qui s’abritaient dans des cavernes et maîtrisèrent le feu, n’imaginaient peut-être pas ce que leur découverte déclencherait au cours des 300 mille années suivantes.
La vie de notre espèce changerait radicalement, profondément, irréversiblement.
Il était une fois la préhistoire.
|lEs ÉtEints|
Avant l’avènement de l’écriture et de l’histoire, une foule de brebis devrait encore mettre-bas, il y aurait nombre d’agneaux à naître et nombre de trayons à téter et à traire .
Car c’est de cela dont parle toute cette histoire, d’êtres éteints et d’êtres en voie d’extinction.
Ascendants et descendants, tous issus de mélanges génétiques, certains indécents.
La profession de mercenaire alpha est probablement la plus ancienne des professions. La répartition de la chasse n’était ni douce ni altruiste, et les femmes n’étaient pas émancipées, elles étaient frappées. Mais ça, c’était il y a des milliers d’années, disent les coutumes…
Revenons à notre histoire.
Qu’ont-ils dominé en premier, le feu ou le bétail ? Le feu, bien sûr ! Pour pouvoir marquer le bétail, rôtir le bétail et socialiser autour du barbecue, du bétail, qu’ils finiraient bien par dominer. La bière a suivi, naturellement.
Et le commerce, et la roue, et la sédentarisation.
L’obésité tarderait encore un moment à se développer, grâce au fromage de nos montagnes et de nos bergères, évidemment, les plus anciennes professionnelles au monde, également en voie d’extinction et toujours pas syndiquées.
Parce que même les pionnières de la transhumance sont des passantes du temps dilué dans les eaux polluées qui coulent langoureusement vers la mer.
\Alcina/
Nous avons encore beaucoup de sources, mais ça dépend des régions. Quiconque arrive à Videmonte dira :
“Videmonte est une région très riche parce qu'il y a beaucoup d'eau, il y a beaucoup de sources qui coulent toute l'année”.
Le village a, je ne sais pas, environ 7 ou 8 fontaines qui ne sèchent jamais pendant toute l'année. Mais ce sont des sources qui sont canalisées vers le village, ce sont des bonnes sources.
En général, nous manquons d’eau pour l’irrigation. Par exemple, des endroits qu'on appelle ici dans les montagnes, les marais, comme l'eau appartient à la commune, que se passe-t-il ? Je suis sans eau dans mes terrains depuis presque un mois maintenant. Les gens veulent arroser, ils la dirigent vers le village, et après ça va au barrage. Le barrage est maintenant plein, les gens qui sont après le barrage, qui jette maintenant de l’eau, en profitent, par contre moi qui suis avant le barrage, je me retrouve sans eau. Nos terrains sont sans eau depuis près d'un mois.
Parfois nous disons que nous sommes dans une zone avec beaucoup d'eau, mais ce sont les fontaines que nous avons dans le village qui sont trompeuses quand nous disons que nous avons un village avec beaucoup d'eau, car sinon nous avons une pénurie d’eau comme les autres.
La mer ? Je la connais, je la vois rarement !
J'aime la mer. Ce n'est pas quelque chose qui... en comparant aux gens qui y passent peut-être 15 jours, ou d’autres gens qui y passent un mois de vacances ou quelque chose comme ça, peut-être qu’à moi ça ne me dirait rien. Ou ça ne me dit rien parce que peut-être il n'y a pas la place pour ça, qu'il n'y a pas de possibilité, n'est-ce pas ?
Il n'y a aucune possibilité d’aller à la mer ou autre, il n'y a aucune possibilité de vacances. On ne peut pas simplement mettre les moutons dans l’étable, leur dire tu restes ici nous partons ce week-end, ce n’est pas possible, ça n'arrivera pas. Cela ne peut même pas arriver parce qu'ils doivent sortir tous les jours, ils doivent manger tous les jours.
Nous avons déjà eu des moments où nous nous réveillions beaucoup plus tôt. Maintenant, nous habitons ici, mais nous sommes restés de nombreuses années au village alors que les animaux étaient ici.
C'était différent, porter le lait, une chose et une autre, nous nous levions plus tôt. Désormais, même en hiver, je n’ai plus à me soucier de me lever à 6 heures du matin.
Non, parfois c'est comme ce que je dis, soit je finis le fromage à 10 heures, soit je le finis à 10h30, ça fait une petite demi-heure de repos en plus. On n'est pas la nuit non plus, on ne se couche jamais quasiment avant 23h30. Par exemple, la dernière fois, c'était hier, il était 23h30 et nous étions en train de dîner.
N’est-ce pas ?
Le matin, si on doit se lever à six heures, c'est trop tôt ! Donc on se repose un peu plus le matin, parce que c'est ce que je dis, je m'en fiche si je finis les fromages à dix heures ou à dix heures et demie.
Ça finit par être la même chose.
Nous savons que nous avons cette vie à faire, nous devons la faire, peu importe...
En sens inverse, viennent les truites à la recherche des eaux froides et limpides où elles sont nées, pour aller frayer la génération suivante.
Mais les eaux ne sont plus froides ni limpides, car elles ne coulent même plus, elles s’écoulent, épaisses et vertes comme l’espoir. L’eau fraîche de la source 'existe qu'enfermée dans les bouteilles en plastique, d’ailleurs inventée par nos amis les nomades néolithiques, la bouteille.
Le plastique viendrait plus tard : il faudrait encore abattre de nombreuses brebis et agneaux, inventer la traite mécanique et le lait en poudre, les abattoirs et les boucheries, les rations cannibales et les parcs zoologiques, les zoos qui n’ont rien de logique.
Qui aurait dit que la scatologie au bord de la rivière nous mènerait si loin ?
Qu’il ne resterait de bucolique que la colique ? Pas toujours mais parfois alcoolique, car les liqueurs suivirent à la bière.
|lE mYcÉliUm mAgiquE|
Mais aussi les conserves et les fumés, les parfumés et les transformés, les emballés et les gaspillés, les lyophilisés et les falsifiés, les étiquetés et les discriminés, les criminalisés et les emprisonnés, les cagoulés et les décapités, les crucifiés et les momifiés, les circoncis et les stérilisés, les esclavagisés et les humiliés, les colonisés et les décolonisés, les retranchés et les institutionnalisés, les volés et les contrebandiers, les alphabétisés et les chômeurs, les fortunés et les gentrifiés, les censurés et les terrorisés - les silencieux, les boudeurs, les écoeurés, les amers et les anesthésiés, bref, peut-être simplement fatigués de tant de données, dubitatifs et résignés.
Quelqu’un aurait pu prophétiser que les mers s’ouvriraient bien grand pour recevoir, sans aucune pudeur, le déversement de notre créativité. C’était l’aube de la civilisation, les futures cités cosmopolites se dessinaient dans les mégalopoles embryonnaires qui ne connaissaient pas encore les couches mais reconnaissaient, reconnaissants envers la générosité des rivières, le fabuleux pouvoir absorbant de la latrine.
C’était le présage des grandes aventures qui finiraient encore par survenir, lorsqu'ils transformeraient les arbres en rames, les bois en bateaux et les forêts en lottes navales, dans un élan de courage, de bravoure et d’audace, voguant vers l’inconnu.
Et comme s’élancer en mer ne suffisait pas à tant de créativité, ils commencèrent à débarquer.
Loin des yeux, loin du coeur, dit-on un peu partout.
Et qui aurait dit qu’un jour, après avoir amarré et débarqué, ils iraient même alunir et amarsir.
La créativité n’a pas de fin. Tout comme l’univers.
Certains disent qu’un jour, la curiosité enivra la créativité et que des champignons récoltés dans de la bouse fraîche de mammouth apportèrent, en plus de l’art abstrait au sein de cette société, la perception de la tridimensionnalité du ciel et une volonté incommensurable de l’explorer.
La mégafaune aurait alors engendré, en plus d’un méga-délire, la conscience de la propre conscience, ce qui ne devrait rien à la flatulence du hasard.
Il était une fois le mycélium magique.
\Ana/
Le silence nous permet d'être plus présents, au quotidien, plus connectés à ce que nous faisons. Tous ces bruits de la nature, du vent, de la pluie, des animaux aussi. Cette présence différente, mais consciente, nous permet également d'avoir plus d'interaction avec eux, une connexion plus présente avec eux. Il y a beaucoup de communication avec eux, car même s’ils ne parlent pas, même sans émettre aucun son, juste leurs gestes, leurs mouvements ou leurs expressions, comme nous sommes avec eux, nous comprenons ce qu'ils pensent, ce qu'ils font, ce qu’íls veulent nous transmettre et nous parlons comme si nous parlions à un humain et oui, nous communiquons avec eux de la même manière.
J’aime beaucoup les zones très rocheuses comme celle-ci, elles sont sauvages, n’est-ce pas ? J'aime ça ! Et c'est beau de penser qu'ils ont toujours, enfin pas toujours, mais ils sont l'élément le plus ancien du paysage qui, à travers tant de gens qui sont passés par ici, tant de choses qui se sont passées ici, ces rochers ont toujours été là, ils ont toujours été la base du paysage, du relief ici. C'est beau.
Je viens d’une formation en biologie, la partie botanique est celle que j’ai le plus appréciée. J'aime regarder les communautés végétales, la flore qui apparaît, se met en place et disparaît. Par exemple, après l’incendie, la situation a complètement changé. Bien que les gens voient le feu comme un élément très négatif, il fait partie de ce que nous avons et n'apporte pas que de mauvaises choses, la mer de genêts que nous avions ici n'était plus une situation durable. Ici, la terre est très fertile et nous avions une forêt de genêts si dense que même les arbres n’arrivaient pas à survivre, les genêts devaient mourir et pourrir avant. D'accord, je ne suis pas sûre, c'est juste pour dire que s'il n'y avait pas eu d'incendie, les choses auraient continué, mais il a eu lieu, c'est une réinitialisation qui s'est produite dans le système et ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Bien sûr qu’il y a eu une érosion des sols, le système d'incendies récurrents que nous avons aujourd'hui est mauvais car il crée beaucoup d'érosion et ne permet pas à la végétation arborescente de pousser aussi vite, tout en souffre. Mais par exemple, ça ne brûlait plus ici, je pense que personne ne se souvient du dernier incendie, tout était déjà abandonné, la plupart des terres ici étaient abandonnées depuis plus de 20 ans, celles qui n'avaient pas d'agriculture maintenant et il y avait donc une très grande accumulation de matière organique. Ce n'était pas forcément mauvais. Cela a créé d'autres opportunités, maintenant je vois beaucoup de plantes qu'on ne voyait pas auparavant, qui arrivent maintenant, de nombreux petits arbres qui y étaient sans trop pousser, y arrivent maintenant plus fortement. Certains ont déjà la taille qu’ils avaient avant. D'autres non, ils sont morts.
Tout a des pours et des contres, tout n’est pas complètement mauvais ni tout n’est pas complètement bon. Mais pour en revenir à la question des plantes, là j'ai un peu divagué, j'aime regarder, j'aime observer la façon dont évoluent les communautés végétales, voir ce qu'elles communiquent aussi sur la terre. Nous voyons un pâturage ou des forêts, quelles qu'elles soient, et nous pouvons voir à travers ce qui s'y trouve, les espèces qui s'y trouvent, si la terre y est plus profonde, si elle est moins profonde, s'il y a plus d'eau, s'il y a moins d'eau. Tout cela est intéressant. Voir la diversité c’est beau aussi, la diversité de la vie. Puisque les moutons sont là, eux aussi... oh, c'est juste la partie végétale, je m'éloigne un peu, désolée, heureusement plus tard tout ça sera édité, parce que je commence à divaguer. En termes d'arbres, on en a besoin ici, il y en a très peu mais il y a une certaine régénération naturelle, beaucoup de chênes verts, car il y avait une grande forêt de chênes verts près de chez nous et les oiseaux rapportaient des glands. Il y en avait beaucoup ici, en fait pas énormément, mais bref, c'est ce qu'on avait le plus, des chênes verts. Beaucoup d’entre eux se rétablissent, d’autres non, voilà, c’est tout. Ce qui me fait le plus plaisir dans tout ça, c'est de semer les glands et de voir le résultat, puis de voir les chênes sortir de terre, et d'imaginer ce que cela pourrait être dans quelques années. C'est ce qui me procure le plus de plaisir dans tout ça.
Mais ce qui importe, c’est la laine des mammouths et la qualité de vie qu’elle apporta à nos bergères. La mammouth et son amie charmouta n’ont pas eu le malheur de connaître la traite mécanique, les mammites, les chaleurs synchronisées, ni l’insémination artificielle. Par conséquent, le mammouth n’a pas connu ces sondes électro-éjaculatrices bipolaires à des fins de recherche rectale. À cette époque, l’amour était électrisant et non électrifié, l’orgasme animal était à la fois sensuel et consensuel.
Ce n’étaient pas seulement les sondes qui étaient bipolaires et à un moment de créativité, ils observèrent que l’électrification des tempes dépolarisait les patients les plus impatients, vulgairement appelés malades ou déments.
Si le mammouth et la mammouth avaient été confrontés à une telle créativité, ils auraient sûrement migré vers les pôles et seraient possiblement encore gentiment connus aujourd’hui, au sein de la communauté vétérinaire la plus sarcastique, par multimètre sans maître.
|lA mAtErnitÉ|
Nos bergères respectaient la physiologie de leurs animaux, elles cherchaient à transhumer, pas à transhumaniser, et s’occupaient réellement de leur descendance, aussi transcendant que cela puisse paraître. Mais cela marquait néanmoins le début de la fin de la liberté de toutes les espèces voisines de la nôtre. C’est peut-être de là que vient l’expression utilisée en trinquant “À la nôtre”, trinquons seulement et uniquement à la nôtre.
Les autres finiront par y aller car on dit aussi par ici : qui reste reste, qui va va, bye bye. Baille baille disent-ils à Porto, et bye bye, disent-ils à Londres, oui, car entre-temps, les langues sont apparues. Elles disent toutes la même chose mais de manières différentes, et parfois, des choses différentes mais de la même manière.
Par exemple : lorsque les montagnards de la Serra da Estrela ou de la Serra da Gardunha ne sont vraiment pas intéressés par quelque chose, ils disent qu’ils le chient, tandis que ceux d’outre-Manche, dans une situation de désintérêt identique, bien qu’ils aient une réaction également scatologique, disent qu’ils ne le chient pas. Ça n’a aucun sens!
Enfin, les animaux de nos bergères parlaient la même langue partout sur la planète.
C’est peut-être pourquoi ils voyagent peu, car ils savent ce qui les attend au-delà des frontières qui n’existent pas.
Ou est-ce dû aux clôtures, sans compter l’amertume des sondes, certaines également électrifiées ? Ou aux chiens de garde ?
Ou les visites sans retour dans ces maisons où ils entrent en file indienne ? Stratégie de guerre millénaire, où les guerriers marchaient les uns derrière les autres et les derniers effaçaient les empreintes. Mais les animaux de nos bergères n’étaient ni des guerriers ni en guerre avec personne.
Cependant, quelqu’un était en guerre avec eux, et nombreux étaient ceux qui liaient l’inutile au désagréable, leur créativité parviendrait aux jumeaux en laboratoire.
De l’éjaculation précoce électro-forcée germa la fécondation en verre fumé pour passer inaperçu dans le transit vaginal.
\Maria da Conceição/
Elles ne consentent même pas ! Il y a de tout, les animaux sont aussi comme les humains, tels quels ! Les animaux sont tout, il y en a beaucoup qui ont des enfants, mais il y en a très peu qui ont des enfants et qui les abandonnent, voilà. Mais sur cent, un. Tous les autres sont aussi affectueux qu'un être humain. Mais un bon être humain, pas un mauvais être humain. Oh, c’est ça, les enfants, mon Dieu.
Maintenant, chez l'être humain, je pense que la maternité est la plus belle chose qui puisse exister sur la surface de la Terre.
Quand on a un enfant avec beaucoup d'amour, c'est la plus belle chose qui puisse exister. Et la plus belle chose qui puisse exister et qui devrait être bien plus forte qu’elle ne l’est, c’est l’amour entre parents et enfants. Je me sens très triste quand, parce que ça arrive, lorsqu’il y a un père qui peut être un mauvais parent, ou parce qu'il n'a pas de bonnes relations avec les siens ou n'a pas eu l'affection qu'il aurait dû avoir…
Un homme est aussi parfois capable de forcer une femme à faire certaines choses, en la maltraitant d’abord, puis en la forçant. Il ne devrait pas faire cela, car il n'y a pas, comme vous le voyez en tant que femme, d'animal mâle qui traite mal la femelle. Hé, arrête la danse.
Hé, les femelles sont aussi terribles et encore plus aux jours d’aujourd'hui, il n’y a rien à faire. Et je pense que parfois, je ne sais pas, écoute, le monde est fou. Je ne sais pas, j'avais des mots mais je ne vais pas les dire, j'avais des mots à dire mais je ne vais pas les dire parce que je pense qu'il ne faut pas les dire, mais le monde est complètement détruit, par lui-même.
Et non mesdames et messieurs, les gens ne voient qu’eux mêmes, parce qu'ils sont bien habillés, “je suis mieux habillé que l’autre et mes fringues sont mieux que celles des autres”, et ils finissent par oublier qu’il y a des choses qui ont plus de valeur que les vêtements.
\Ana/
Ils ont retiré la maternité aux femmes. La femme est juste une chose qui est là, qui portait le bébé à l'intérieur et un médecin arrive et pense que c'est lui qui fait l’accouchement. La femme ne peut pas être comme elle le souhaite, elle ne peut pas marcher, elle ne peut pas s'accroupir, elle ne peut pas être dans les positions les plus naturelles pour elle, pour faciliter l’accouchement, car cela n'est pas pratique pour le médecin ou quiconque est là. Comme une fois j’en ai entendu une dire qu'elle n'avait pas à se prendre de liquides de grossesse. La femme enceinte devait s'allonger, même si c'est la position la plus inconfortable, cela n'a pas d'importance car le médecin doit être à l'aise et non la personne qui accouche. Ce type de vision me révolte et c'est très ancré dans notre société, cette façon de dévaloriser le rôle de la femme, la maternité et la vie. Tout est technologique, tout est contrôlable, tout doit être planifié. C'est un peu abstrait, mais ce n'est bon pour personne, ni pour les nouveaux bébés, ni pour les mamans, ni même pour les hommes, ça finit par ne pas l'être, donc on se retrouve là tous déséquilibrés et fatigués et irrités, ce système n'est pas équilibré, et c'est quelque chose qui vient d'un contexte très laid, de contrôle et de mal, que les gens ne réalisent même pas que c'est vraiment enraciné dans le système dans lequel nous vivons.
\Alcina/
C'est comme ça, de nos jours, les pères font déjà, à part allaiter, ils font déjà tout comme les mères, non ? Par contre, du côté animal, le bélier et je pense que les animaux comme le bélier, le mâle de la brebis, n'ont aucune affinité avec leurs enfants, pour eux ce sont n'importe quel animal.
Par exemple, on a les hirondelles ici, on voit qu'il y a des couples qui restent, qui travaillent ensemble pour nourrir leurs enfants, alors que le bélier n'a pas ce souci-là, ça n'a rien à voir. Son travail consiste à engrosser les brebis et à partir de là, il ne fait plus rien, il est plus paresseux.
Nos bergères étaient nées et accouchées comme leurs bêtes mais un jour elles cesseraient de l'être, quand le silex serait échangé contre des lames en inox et l’accouchement remplacé par un sommeil synthétisé dans l’alchimie des temps modernes. Ce serait l’ère du jetable et de l'anesthésie générale, à l’intérieur et à l’extérieur des salles de chirurgie plastique corrective de défauts esthétiques maléfiques, pendant la célébration de l’asepsie, portée à un niveau probablement maladif, et tout cela garanti par les irrésistibles bonbons antibiotiques pris sans parcimonie ni cérémonie.
La gratitude fût gratinée dans un incinérateur quelconque et servie froide pour améliorer l’indigestion et promouvoir le malaise général. Le don de la vie serait divisé en parcelles de dette.
Accoucher à ventre ouvert vaut plus cher qu’un chevreau écorché et noyé dans de la marinade à l’ail.
Et on ne sait pas très bien quand ils ont abandonné le ragoût de placenta et le braisé de lochies pour fêter l’accouchement réussi. Les doulas furent aussi abandonnées sans jamais avoir réussi à se syndiquer.
|AdAm & EvE|
Elles travaillent maintenant dans la décharge qu’on peut voir d’ici, à mi-chemin de l'Etoile, pas filante, peut-être décadente, carbonisée sûrement.
Elles viennent de finir un déjeuner arrosé à l’huile d’olive bouillante pour commémorer les temps où on envahissait des châteaux et on rôtissait des savants imprudents sur des bûchers publics mais peu pudiques. L’air de la Gardunha sent le granit, même pour ceux qui n’ont pas l’odorat très fin.
C’est une odeur agréable sachant qu’il a 300 millions d’années. Calme et tranquille, il transmet une sérénité ineffable dans son monologue solitaire.
Pour l’entendre, il ne faut pas être sourd mais un peu fou. Et combien d’histoires a-t-il à raconter ! Il a assisté à l’apparition des organismes complexes, à l’émergence de la reproduction sexuée et même de la reproduction sans sexe, en passant pas le sexe sans reproduction. Car pour arriver à l’extinction il a bien fallu jouer à la reproduction. Il a assisté à la reproduction et à l’extinction de nombreux individus qui ont parcouru ces lieux. Et il continuera d'observer avec son calme inébranlable.
Lui aussi n’a pas de syndicat mais il est riche en silicates et conséquemment en silicium. Malgré son équanimité magnanime, il traite une quantité considérable d’informations, 300 millions d’années d’informations. Grâce à son côté glacé, il n’a pas besoin de refroidisseur externe. C’est un véritable processeur de mémoire moléculaire en sémantique numérique, quantique ou pas, ça n’a pas d'intérêt. Ce qui intéresse c’est la connaissance qui émane de sa vibration atomique, soit disant inapparente selon son apparente frigidité.
Dans son coeur électronique repose notre bibliothèque d’Alexandrie, avec l’avantage qu’elle ne peut pas brûler, malgré les efforts innombrables et successifs qui ont laissé la Gardunha et l’Estrela dénudées, pour le plaisir des plus pervers et la satisfaction de leurs déviances. Continuez, vous êtes sur la bonne voie, disent les atomes du granit, experts en épisodes cataclysmiques d’extinction de masse. Et nous verrons à quoi vous sert le pognon lorsque vous serez au bord de l’extinction, lorsque vous sentirez la matière grise aussi sèche que de la bakélite, lors de la suprême encéphalite, lors du dernier spasme de votre ère dorée, pendant le frisson final, sombre, terminal.
Bref, continuez comme si demain n’existait pas et un jour, réellement, il n’y aura pas de lendemain.
Quant à moi, je resterai en route vers l’Aurica, que je préfère appeler Américalia en hommage à votre Amália. Et je vous laisse cette question : savez-vous combien d’atomes se trouvent dans 1m3 de granit ? 6 fois 10 à la puissance 23.
600 millions de millions de millions d’atomes !
Si je n'avais pas été du granit, j’aurais aimé être un photon, pour voyager du Soleil à la planète Terre en 8 minutes, vivre éternellement et imprimer les rétines de couleurs vibrantes, excitantes et luxuriantes.
\Maria da Conceição/
L’humanité veut être propriétaire de plein de choses, et quand elle veut vraiment l’être, pour vouloir être propriétaire, elle invente. Elle invente l'un est Jésus-Christ, un autre est le Royaume de Dieu, un autre est ceci, un autre est cela, un autre est chrétien, un autre n'est pas chrétien, un autre est Jéhovah, un autre est... Les religions sont toutes pareilles, il faudrait que chacun vive de son côté. Moi, je ne suis personne, j'aimerais même apprendre avec des gens qui... Mais je le répète et je vous le dirai maintenant, franchement, s'ils croient et prêchent, quand ils viennent devant les gens, qu’ils accomplissent. Je vais vous dire une chose, je n'arrive plus à écouter personne, je ne crois plus personne. Être là bababababa puis juste après c’est de la sauvagerie.
Ah non, pas ça.
\Ana/
Pour moi, cette interprétation de la Bible, ça pourrait être, je ne sais pas, je ne suis pas une savante de ces choses, mais ce qu'il me semble, c'est que ça pourrait être, peut-être, que le jardin d'Eden pourrait être notre vie en tribu, dans une communauté, dans laquelle nous n'avions pas d'agriculture, c'était l'abondance de ce que la forêt et la nature donnaient. En fait, si l’on regarde les tribus qui existent encore, elles n’ont aucune carence nutritionnelle, elles vivent bien, à moins qu’elles ne soient tuées par un léopard ou quelque chose comme ça. En dehors de ces choses, ils vont bien et vivent bien et en bonne santé. Ils n’avaient pas besoin de travailler autant, ils n’avaient pas autant de guerres et tout ça. C’est peut-être ce que dit la Bible à propos du jardin d’Éden. C'est dans cette phase que nous souhaitons ici un peu d'agriculture, mais l'objectif est cette relation avec l'écosystème de pré-humanisation. Par exemple, lorsque nous aurons beaucoup de forêt indigène, nous pourrons vivre davantage de ce que la forêt nous offre que de l’agriculture. Par exemple, les glands, la nourriture de nos ancêtres, historiquement, je ne peux pas le dire, mais je pense que jusqu'à récemment, dans l'Alentejo, les gens mangeaient beaucoup de glands. Ma mère dit encore que son père achetait des glands de chêne vert pour les manger à la maison et qu'elle aimait bien. Il y avait tout ce rapport à ce que la nature nous procurait elle-même, qui a ensuite disparu avec l'agriculture. Nous aimerions ici retourner dans ce jardin d'Eden, pour ainsi dire, où nous pouvons accéder à la forêt et vivre de ce qu'elle donne - diverses baies, glands, châtaignes, et même un peu de gibier, s'il y en a en abondance. Les animaux seraient toujours mieux, de mon point de vue, s’il y avait de l’abondance, car nous sommes trop nombreux maintenant et si tout le monde faisait cela, nous ruinerions le peu de vie sauvage qui existe. Mais éthiquement, pour moi, il vaudrait mieux que l’animal fasse ce qu’il veut plutôt que nous décidions de tout concernant sa vie. Pour en revenir à ce qu'on avait déjà dit, ce n'est pas contraire à l'éthique mais du point de vue de l'animal ce serait peut-être mieux, je ne sais pas, c'est différent.
\Maria da Conceição/
Compte tenu de ma sagesse, d’ailleurs j'ai déjà lu toute la Bible, je n'ai pas la sagesse capable d'expliquer ces choses, comment elles sont arrivées, comment nous sommes. Mais je crois en quelque chose de surnaturel. Et je crois que parfois nous ne décidons de rien. Les choses arrivent parce qu’elles doivent arriver. Je ne sais pas, je n'ai pas la sagesse pour ça. Maintenant, je le répète aussi, je crois aux scientifiques, maintenant comment font-ils pour rechercher un os qu'ils trouvent et qui a des milliards et des milliards d'années ? Je ne sais pas ! Je n'en ai pas la capacité, je ne critique personne, nous avons cette doctrine et on nous a appris qu'il y a un dieu, ce dieu n'est pas n'importe quel dieu. C'est quoi ? Pour moi, c'est un titre qu'on lui donne, à un être que personne n'a vu. Personne ne peut nier l’existence de Jésus-Christ.
\Ana/
Ici, nous souhaitons retourner au jardin d’Eden, autant que possible.
Oui, ce rapport à la nature qui existerait pendant cette phase pré-civilisation.
\Maria da Conceição/
Chaque chose à sa place, le singe est le singe, le chien est le chien, le chat est le chat, la poule est la poule, ceci ou cela.
Comment apparaissons-nous ?
Personne...
Que les gens et les scientifiques se taisent parce qu’ils ne savent pas. Personne ne le sait.
\Alcina/
Ce qu’on m’a toujours embellit, c’est ce que le catéchisme m'a enseigné. Dieu a créé le ciel et la terre. Je n'ai pas non plus d'études supérieures, je ne peux pas manifester ce que je ne sais pas. Bien sûr, il existe les deux versions. Quelle sera la plus... Je ne sais pas.
Je pense que nous avançons à grands pas vers la fin, c'est peut-être le cas. Maintenant, la raison du début, je ne sais pas, j’embellis l’histoire parce que c'est cette histoire qui m’a emballée au berceau, Dieu a créé le ciel et la terre, n'est-ce pas ?
Serons-nous tous profondément aliénés de l’insurrection qui se prépare ? Comme on dit, rien ne se perd, tout se transforme. Peut-être deviendrons-nous le combustible fossile du peuple docile qui finira par apparaître. Lui serait-il difficile de comprendre à quel point un biome est fissile et à quel point il est facile de le détruire ?
Que peut contenir un cube de 792 mètres de côté ? Il peut contenir 8 milliards d’Humus Sapiens dans leur processus lent de fossilisation et de transformation en combustible. Ce n’est pas tant que ça, vu que depuis 1850 nous avons consommé un cube de 2779 mètres de côté, soit un cube 3 fois et demi plus grand que le cube humain.
Espérons, pour son bien, que les êtres du peuple docile qui finira par apparaître soient moins nombreux ou qu’ils brûlent autre chose pour se chauffer, pour se refroidir, pour se divertir et pour se déplacer. Et si ce n’est pas le cas, tant pis, et bonne chance pour son séjour sur Terre.
|lE fUtUr|
Après nous, viendra un coma planétaire mais pas le dernier, seulement passager, tout comme nous l’avons été : passagers du vaisseau mère jusqu’au dernier souffle, individuel et collectif.
Le vaisseau poursuivra tranquillement son voyage à travers l’univers, digérant avec les enzymes du temps les déchets de notre insoutenabilité et les restes de notre créativité industrielle car il a tout le temps du monde. Dans son journal de bord sera enregistré le moment où des champignons cueillis dans de la bouse fraîche de mammouth ont changé le cours de l’histoire d’une espèce et de toutes celles qui avec elle cohabitaient lors de son voyage à travers l’espace intersidéral.
\Alcina/
Je crois que le fromage ne cessera jamais d'exister, mais fabriqué de manière traditionnelle, il sera perdu, je crois.
\Ana/
Maintenant, vaut-il mieux ne pas parler jusqu'à ce que le bruit passe ou est-ce pareil ?
Les emplois gouvernementaux, la bureaucratie aussi, je serais limitée à la bureaucratie, je ne pourrais rien faire de spécifique. J'ai commencé à comprendre que la seule solution était de travailler dans une association privée, avec plus de liberté, et même là, toujours très conditionnée car les associations aussi doivent le faire, tout doit obéir aux règles de l'État. D'un côté, cela peut être une bonne chose de protéger certaines choses du patrimoine naturel, mais cela peut aussi trop limiter et empêcher les gens de faire quoi que ce soit. Nous avons souvent rencontré cela. Une personne étant seule a une autre liberté pour trouver ses chemins et ainsi de suite. J'ai commencé à réaliser toutes ces choses en cours de route et j'ai commencé à voir que c'était là que je serais le plus épanouie. Et c'est ce qui m'encourage au quotidien, d'être ici et de voir notre travail, de voir les arbres pousser, de voir les moutons, le travail qu'ils font sur la terre, de voir la culture qui disparaît, par exemple dans la fabrication du fromage. Dans l'agriculture traditionnelle, ces choses qui disparaissent et qui, je pense, sont importantes pour l'avenir - en préservant ces connaissances, nous travaillons également pour faire ce genre de choses et c’est aussi encourageant.
Pour moi, il n’y avait pas d’autre issue que celle-ci pour que je sois bien !
Il y a d’autres solutions mais je ne serais pas bien.
\Alcina/
Nous apprenons facilement ce qui devient facile pour nous. N'est-ce pas ?
Qu'est-ce qui devient facile pour nous ?
Nous roulons en voiture, nous conduisons ceci et nous conduisons cela. Nous apprenons ça facilement.
Passant maintenant de facile à difficile, c'est déjà plus difficile.
Je crois vraiment qu'il est très difficile de revenir en arrière, parce que la société n'est prête à faire aucun sacrifice pour quoi que ce soit. Ma fille se fâche pour tout et pour rien, elle se fâche à la maison quand je fais parfois un mauvais tri des poubelles, parce que parfois je suis pressée et je ne le fais pas toujours. Elle me gronde à chaque fois et parfois je lui dis même “Hé Simone, arrête, regarde, c'était juste une bouteille”, “Bon, si tout le monde pense comme toi, je ne sais pas quoi…”, elle me gronde tout de suite.
Et parfois je dis “aux vrais coupables personne ne dit rien”, bref.
\Maria da Conceição/
Tout le monde verra la fin de ses jours, la vie à un terme. D'accord, nous avons un cycle à vivre et c'est très triste, la mort est très triste.
La mort pour moi, je le répète, est très triste. Quand on la perd, on perd tout, c'est très triste.
\Alcina/
Ce que je pense parfois, c'est que lorsque nous parlons ou entendons parler, par exemple maintenant dans le cas spécifique de la guerre en Russie, c'est que parfois les hommes ont tellement de pouvoir qu'en utilisant mal ce pouvoir, ils peuvent tout détruire autour d'eux et nous pouvons tous y périr. Ça pourrait arriver, je ne sais pas. Maintenant, je parle de cette question de guerre, je crois que s'ils font ce qu'ils disent, et qui suis-je pour parler de certaines choses, de ces bombes atomiques, de ces choses, s'il commence à y avoir un conflit et qu'ils commencent en utilisant ces choses, je pense que ça peut donner le début de la fin de tout. C'est peut-être mon opinion sur cette fin, ça pourrait toujours être la raison pour laquelle ces gens puissants veulent tout et mettent fin à tout à cause de leur avidité de pouvoir. C’est ce dont je suis le plus convaincue, ce sont ces gens qui... voilà, en voulant tout, ils perdront tout pour eux et pour nous, et nous nous perdons au sein de tous ces conflits.
\Maria da Conceição/
De l’austère pittoresque au savant passant par l’érectile ;
Du paléolithique au néolithique passant par le rachitique ;
Du silex au silicium en passant par le granit : Il ne manqua plus qu’à inventer l’eau en poudre et le désert ne serait jamais une menace.
Mais les ignorants des ripisylves préféraient épuiser leurs rivières et leurs ressources, et militaient pour l’eau comme vecteur de leur inhérent manque d’hygiène morale et sociale, experts et érudits en mauvais environnement jusqu’à ce que la mort les sépare.
En attendant, nous pouvons planter un arbre, avoir un enfant et écrire un livre, pourquoi pas “Tsunami mon amour”, une histoire d’amour bien sûr, et d’inceste, sur une espèce singulière par sa pluralité et sa promiscuité, une histoire de harcèlement persistant, d’amants s'ennuyant, de diamants sanglants, l’histoire d’une planète qui semble vindicative mais qui n’est, en réalité, que revendicative.
|l’EssEncE|
“Tsunami mon amour” se terminerait avec le hurlement d’une louve venant de se régaler de la jugulaire chaude d’une chèvre désormais froide. Tandis que la louve jouit en rouge, la chèvre s’évanouit en bleu. Parce que le bleu est froid et le rouge est chaud.
C’est peut-être pour cela que le chaperon de la petite est rouge, pour attirer le méchant loup. Attention, il pourrait être accompagné de sa meute, c’est un animal très social le méchant loup. C’est un très méchant animal le méchant loup mais il sait qu’après le manque de sang, vient le manque de vie. Et les troupeaux ne sont pas abondants par ici.
L’abondance n’est pas l’absence de pénurie, c’est avoir la conscience de la pénurie, la perception de la finitude, souvent ignorée à la légère.
Légers d’esprit sont celles et ceux qui ignorent les limites de la vie d’autrui tant leur affinité envers eux-mêmes est infinie.
\Alcina/
Écoutez, j’ai déjà été, dans ma vie, j'ai déjà été très heureuse.
Et parfois, disons-le ainsi, j'étais très heureuse et je ne le savais pas. Mais ce n'est que lorsque nous perdons des choses que nous le voyons.
Avant, quand ma fille, l'aînée, avait quatre ans, elle a donné son premier spectacle avec le groupe folklorique de Videmonte, elle avait quatre ans, une toute petite fille, elle et un petit garçon de son âge aussi. Elle nous a tous entraînés un peu là-bas. Elle fut la première, puis ça a été sa soeur, plus jeune de cinq ans, puis nous l'avons tous suivie. Nous y sommes tous allés, tous les quatre au groupe folklorique de Videmonte. Nous y sommes allés tous les quatre.
Et nous étions heureux comme ça. Je peux vous dire que nous étions heureux. Souvent, la nuit, imaginez ce que c'était lorsque nous avions une répétition un samedi soir ou un vendredi soir. J'ai dû sortir les moutons une heure plus tôt, j'ai dû tout faire une heure plus tôt pour pouvoir être là. On faisait tout à la volée, on faisait tout à la volée mais on le faisait par question de goût et du plaisir que ça nous procurait, au fond, de sortir, de rencontrer de nouvelles personnes, d'être avec des gens pendant un moment. C'était bien, voilà, cette partie était vraiment bien.
Malheureusement, j'ai perdu ma fille et avec ma fille, le groupe folklorique est également mort. Il n’y a plus jamais eu de représentation, il n’y a plus jamais eu de répétition, tout s’est arrêté dans le temps.
Si j’aurai la force de revenir, je ne sais pas si je le ferai, le temps nous le dira.
Peut-être qu’il y a des gens qui attendent que je dise oui, que mon mari dise oui, pour se remettre sur pied. Mais c'est difficile. C'est très difficile, nous avons perdu... ce qui nous attirait. Ma fille a donné sa vie pour le groupe.
Je me souviens qu'après ses funérailles, il y a eu des amis, des amis et des collègues d'université qui sont venus ici un mois plus tard. L'accident s'est produit en novembre, ils sont arrivés ici en décembre. Et là ils ont pris contact avec ma fille et là ils ont été d'accord, alors nous sommes allés parler au curé, il a dit une messe, et des gens et des amis sont venus, puis tout le monde est allé au cimetière, du cimetière ils sont venus à la maison parce que j'avais préparé le déjeuner, ils venaient du bas de l'Alentejo. Ma fille a étudié à Idanha, elle avait beaucoup d'amis de cette région là. Et une question qu'une fille m'a posée, je ne l'ai jamais oubliée, elle m'a demandé, nous étions dans sa chambre et je leur ai dit s'ils voulaient emporter un souvenir d'elle, ils pouvaient choisir ce qu'ils voudraient, et elle m'a dit : “J'ai une question à vous poser”, “si je sais répondre”, “Quand Raquel est partie, est-ce qu'elle portait ses vêtements du groupe ? Et j'ai dit "Non", "Tu sais parce que le dernier dîner que nous avons eu, elle n'y est pas allée parce qu'elle avait une présentation avec le groupe, elle a donné sa vie pour le groupe, ses yeux s'illuminaient à chaque fois qu’elle parlait du groupe”. Et ça m'a tellement marquée, je regarde encore parfois son foulard et ses affaires et je dis “bon, vraiment”, mais on ne pense pas sur le coup, on n'a pas la tête pour penser. Et depuis j’en ai tiré mes conclusions, j'étais très heureuse et je ne le savais pas.
Quand vous parliez du rapport avec le silence, j'aime beaucoup me promener dans la campagne. Prendre soin des moutons me manque, si j'ai un jour, une semaine où je ne m'occupe pas des moutons, je ne vais plus bien, parce que ça me manque. Ma relation avec la campagne me manque.
Et j'ai appris après l'accident et après tout ce que j'ai vécu, j'ai vu que les moutons me comprenaient. Je l'ai vu, parce que j'ai vu que, si je me sentais mal, il y avait des jours où j'étais fatiguée de tellement pleurer, ils venaient vers moi et avec leurs petits nez me léchaient le visage, me fouinaient partout et je disais "Comment est-ce possible ?”
Il faut passer par quelque chose de si fort pour se rendre compte à quel point ces animaux, on dit qu'ils n'ont pas de sentiments, qu'ils n'ont rien, pour se rendre compte que vraiment, les gens en ont, les animaux ont presque des sentiments comme nous. Parce que si on frappe un chien ou quelque chose comme ça et qu'il se comporte mal, il reste couché, non ? Ils ont des sentiments. Quand mes chiens me voyaient mal, ce Teodoro, il s'appelle Teodoro, je devais me lever ou m'asseoir car il m'allongeait par terre pour me laver le visage. C'était incroyable de voir à quel point il ressentait la douleur que nous ressentions. C’était dur, c’était très dur, de perdre les bons côtés de la vie lorsqu’on enlève l'amitié aux gens, parce que si nous donnions tous un peu de nous-mêmes. Il a fallu apprendre, je dis quelque chose, je dis souvent ça à ma fille et je pense qu'elle le dit déjà comme quelque chose de naturel, “il faut apprendre à donner”, si nous apprenons à donner, je pense que Dieu nous donne le double. Et quand nous parlons de n'importe quoi et qu'elle dit maintenant : “Que Dieu nous donne quelque chose à donner et non à demander”. De temps en temps, j'entends ma fille dire : “Que Dieu nous donne quelque chose à donner et non à demander”, et c'est vrai, nous tous, nous devons tous donner, même si c'est qu’un câlin.
Combien de fois je me sens mal et je viens voir un ami et il me dit hé, peut-être juste un simple câlin, nous n'avons pas besoin de mots peut-être, juste un simple câlin sans intérêt, c’est déjà beaucoup.
Ce n’est pas une question, car la valeur ne dépend pas de la somme d’argent que nous pouvons transporter dans nos poches ou dans notre portefeuille.
Parce qu’on le dit, que peu importe combien d’argent nous avons, cela aide, oui, cela aide, et cela aide beaucoup, mais cela nous donne-t-il le bonheur ?
Je ne pense pas.
Je peux entrer n’importe où, nous l'avons toujours été, mon mari et moi, des gens très sociables, nous tous, par exemple ma fille quand elle est partie, ma fille, elle... J'ai eu un soutien du village qui est inexplicable, je ne peux pas expliquer. Parfois, je n'ai pas les mots pour expliquer. Nous avons toujours le rituel de passer chaque jour au cimetière. Mon rituel et celui de mon mari est le suivant, on traite, on fait cette partie ici, on prend le petit déjeuner, on va au café, on prend une tasse de café au café et on va au cimetière. Il faut y aller ! Parfois, il y a des gens qui me disent : “qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Mais je dois y aller, voilà. J'ai l'impression de quand j’y suis, j'y reste un moment puis je reviens, j'ai l'impression d'apporter un air nouveau. Je ne sais pas comment expliquer.
Mais j’ai tout arrêté, c'est après l'accident que j'ai arrêté d'aller au café, j'ai arrêté de sortir, j'ai arrêté, je n'allais pas aux messes sauf celles de ma fille, je n'allais à aucune messe. Une chose, je suis une dévote, chacun a sa propre obsession et j'ai la mienne aussi. J’ai complètement arrêté d’y aller, je me suis beaucoup interrogée et j’ai dit : “J’ai tellement de foi en Notre-Dame de Fátima, alors qu’est-ce que ma foi m’a fait ?”
Je me suis remise en question comme ça.
Et un jour je me remettais en question et quelque chose a semblé me frapper à la poitrine et ça m'a dit : “Alors calme-toi, Notre-Dame a aussi vécu la mort de son fils, elle a tout vu”. N’est-ce pas ? Parfois je me demande : puis-je critiquer quelqu'un ? Parfois ma douleur est très forte mais je ne connais pas la vôtre. N'est-ce pas ? Pourquoi devrais-je toujours regretter la mienne ?
Je ne sais pas ce qu'il y a derrière ta chemise. N'est-ce pas ? Je ne sais pas ce qu'il y a derrière la chemise de l'autre. Nous devons le dire, si nous arrêtions d’être fiers et apprenions à donner, je pense que le monde serait bien meilleur. C'est exactement ce que je dis. Si nous devons donner, nous ne sommes pas obligés de donner un billet. Il ne faut pas, je pense que ce qu'il faut donner c’est un sourire, une poignée de main, un câlin au bon moment, je pense que cela vaut plus que tout.
En tout cas c'est ça... C'est ce que la vie m'a appris et dire, l'argent ça sert, ça sert, on en a marre de travailler pour l'avoir.
Si tu me dis comme ça, j'ai beaucoup de choses, j'ai beaucoup d'argent, non, je n'en n’ai pas.
Mais as-tu beaucoup d’amis ? Je dis “j’en ai”. J'ai de bons amis.
Dans l'ensemble, c'est ce que je peux dire.
J'ai ce dont j'ai besoin.
Dieu m'a donné une fille, oui, c'était un moment qui ne s'explique pas. Recevoir un appel téléphonique et dire « votre fille est morte dans un accident », c'est quelque chose... ça ne s'explique pas, c'est tout. Je ne sais même pas ce que j'ai vécu. À partir de là, je ne pense pas savoir si nous avons ici une injection interne qui anesthésie tout notre corps, car il y a des moments où j'ai ce truc, où je décroche le téléphone, (...) parce que Raquel a eu un accident et je ne sais pas quoi, et j'appelle et ils disent "Alcina, ta fille est morte".
A partir de là, on dirait qu'on a une meule à l'intérieur qui nous fait une injection juste là et... il n'y a pas d'explication. Parfois, j'aimerais pouvoir l'expliquer et je ne le fais pas.
Et puis nous tirons nos conclusions.
Ma fille était une personne super simple. Les discussions que j'avais avec ma fille étaient à cause de sa simplicité.
Aujourd’hui, j’ai appris, je l’ai déjà dit et je l’ai même dit une fois à la télévision. J'ai appris à connaître ma fille après sa perte. Je me suis mise en colère tellement de fois, elle était vraiment simple. Elle a obtenu un mandat d'avocat, elle travaillait déjà dans son bureau et les choses allaient bien parce que je ne lui donnais pas d'argent pour quoi que ce soit et elle ne me laissa aucune dette, n'est-ce pas ? Alors je m'énervais contre elle “Raquel va te faire faire les ongles”, “Euhh”, "Raquel, cette tenue ne te va pas très bien", "Euhh".
"C’est pas propre ? Maman ?"
Parfois je disais « Cette chemise est déjà vieille », elle portait souvent des chemises, des chemisiers ou des choses dans ce genre,
"Oh Raquel, ça...", "Oh Maman, n'est-ce pas lavé et repassé ?"
Et à partir de là, j'ai appris à voir le... et crois-moi si je parle, si on me traite de folle, si je dis que je lui parle, je le fais.
J'ai appris à savoir que sa simplicité s'est manifestée après ma perte. Aujourd'hui, j'ai appris que Raquel, comme me le disaient les vieilles dames, les personnes âgées, les sexagénaires, les soixante-dix, je ne dis pas soixante, je dis soixante-dix et quatre-vingts ans, qui me disent “Raquel n'était pas que la tienne, Raquel était à nous. Raquel manque à l'église. Raquel nous manque ici. Raquel était l'âme du groupe. Raquel était l'âme de la chorale car après le départ de Raquel, la chorale n'a plus jamais chanté, elle a disparu. Raquel était l’âme du groupe car après le départ de Raquel, il n’y a plus jamais eu de répétition”.
Je ne sais pas, et cette simplicité de cette fille, qui était vraiment simple, elle venait ici, nous avons un moulin derrière la fromagerie où nous broyons le seigle et le maïs pour les donner aux moutons. Elle venait là et marchait autour de moi toute couverte de farine, pleine, toute blanche. Je lui disais “Oh Raquel, regarde-toi !”, “Écoute, je m'en fiche, Maman”.
Combien de fois, les discussions que j'ai eues avec ma fille étaient dues au manque de soin qu'elle avait pour elle-même, mais ensuite j'ai vu le soin qu'elle avait pour les autres.
Et c’est ce qui a fait d’elle une personne formidable.
Parce que parfois on dit, cette année encore, je suis allée à Fátima à pied et il y avait un de ses parrains qui m'a dit : “Raquel, à 28 ans, a laissé un but dans la vie au village de Videmonte qu’aucun de nous ne laissera jamais derrière soi, qu’on meure à 80 ans, à 90 ou 100 ans.
Voilà pourquoi ma fille était une personne généreuse, je lui disais comme ça, je me mettais souvent en colère contre elle “Raquel, tu n'as rien”, “Maman ça n'a pas d'importance”.
Et voilà, si nous sommes tous prêts à donner, et pas seulement des sous, donner un câlin, donner du soutien, de l'affection, une visite, n'est-ce pas ?
Et je pense que si c'était comme ça, ça nous suffirait pour changer un peu le gâteau de notre société.
(tu) Feins
(il/elle/on) Feint
(la) Faim
(notre) Fin
Hein ?
Tiens
Mange ta main
Garde l'autre pour demain
|O lObO mAu| est une histoire d'enchantement et de désenchantement sur l'humanité et sa trajectoire, en tant qu'espèce et société, sur la planète Terre et Eau, Air et Feu. Entre fiction et réalité, entre Gardunha et Estrela, elle apporte les visions et réflexions sur la vie et la mort, sur les certitudes du présent et les incertitudes du futur, d'Alcina, Ana et Maria da Conceição, femmes et bergères de nos montagnes.
|O lObO mAu|
§ il est l’heure
#1
Il est l’heure d’écoutoire une histoire.
Nous avons tous une place à table, ne fusse-t-elle pas le sol de notre terre-mère, alma mater, eh bien donc ! Nous élargissons et resserrons le cercle pour accueillir et dire au revoir, autant à l'important qu'au ridicule.
La soupe est servie.
#2
Le bouillon de la vie : apprécions ses couleurs, ses odeurs, ses saveurs. Inspirons d’abord légèrement; alors aspirons à une plus grande profondeur. Avec la bouche qui souffle d’une langue vibrante, ouvrons aussi nos oreilles époustouflantes : le conte du loup va nous hurler.
|prÉfAcE||
#3
Il était une fois, deux fois et trois fois – dix mille peut-être.
A cinq heures du matin commençait l’agitation pastorale, avec celle de l'agriculture : le délice de la culture des débuts de l'humanité, exténuant si précocement sa jeunesse qu’elle naît déjà vieille comme les gens des champs, mais avec une vigueur capable de maintenir la rigueur exigée par le paradis à plein temps, alternant le froid et le chaud de manière grossière.
#4
Le bétail broute comme les humains insouciants, tous abrités sous leurs pelages. Mais la loi des cornes s’impose : lorsque le bélier crie, soyez prudent - ne viendrait-il pas vous charger les côtes ou les valseuses.
Chassez-le au tison, tandis que la graisse s’élève de la motte sous forme d’ambre spirituelle qui s'enduit de charnel.
#5
Les sources, les ruisseaux et les berges des rivières gargouillent également, fontaines diamantées d'eau cristalline. Elles fuient la ville, fuient vers la côte, pour se prostituer sur le grand front de mer. Il se pourrait qu'un jour les moutons flottants transhument vers la mer, fertilisant le voyage avec la foi des selles, comme pour indiquer le chemin du retour sous la voie lactée sans honte prophylactique - la nuit sur la montagne est réchauffée par un autre type de bois.
#6
Là sur les côtes, la loi est celle de l'isolement du moment frôlant l'esclavage de bon humour. Peut-être aussi que des créatures insulaires résistent avec fantaisie, enveloppées par la haute pollution des hautes mers.
Mais de Gardunha à Estrela, l’océan est d'air pur, qui sert de mur contre la brise de mer où flottent comme de la pourriture toutes les ordures. À Cova da Beira l'être s'enracine, partageant avec les champignons la force vitale étendue à l’horizontale en aspirant à la spirale, sans cesser d'imaginer les voix que le silence est capable d’entrelacer avec des points et des croix.
#7
D'où les longues conversations entre bêtes et rochers, entre creux et massifs, entre usures et vigueurs, flottantes dans une sorte de rêve éternel, qui touche le ciel et l'enfer, entre feu intérieur et extérieur, entre glace et dégel, entre floraison et durcissement du coeur.
#8
Comment exprimer tout cela, comment l’exprimer sans l’essorer dans l’ultime râle d’un coq ? Même avec soixante-dix langues de soixante-dix bêtes : les mots adroits manqueraient, et les phrases seraient d'une modulation aussi pauvre que pourrie.
Mais contrebalançant l'indifférence des consonnes, la fécondité de la voyelle, qui sous l'orchestration visuelle de Pushkhy nous entraîne dans la danse, sans trop savoir comment la compréhension progresse - nous ne pouvons que nous laisser emporter par la magie de la poésie avec élasticité et maîtrise, avec sensibilité et
une sérénité inquiète.
Où en êtions-nous ? Ah, nous nous sommes perdus…
#9
Ce n’est pas grave. Recommençons, en enfantant de nouvelles créatures, qui se préparent aux épreuves habituelles, bien que grâce à elles, ne se soient moulées toutes celles qui les avaient précédées. Survécurent celles qui ne tenaient rien pour acquis, se battant instinctivement pour leur vie à poil, sans plus de dissimulation que celles de leurs inquiétudes - parce que les humains et les animaux ont des sensibilités qui vont au-delà des sensibilités gastrogénitales.
#10
Des pressentiments de granit, se décomposant dans un rite de lichens et de mousses, complètent peu à peu les récits qui se révèlent lorsque nous nous apprêtons à écouter comme des sourds qui se rendraient sourds à leur propre surdité pour oser fendre l'atome-peut-être, en libérant ainsi une énergie formidable, avec la force esthétique de mille tontes génétiques.
#11
Et qu’arrêterait le processus une fois qu’il serait déclenché ?
Ce qui nous laisse possédés, ce n'est pas tant la fin, mais le fait de n'en être qu’à la moitié, sans pouvoir voir le spectacle dans son intégralité, nous n'en saisissons qu'une partie, dont nous ne faisons même pas partie. Ou du moins le croyons nous. N'allant pas au-delà d'un point de plus dans de longs points de suspension, suspendus indéfiniment... Mais à un moment donné le paragraphe cède, pour que le suivant ait lieu, ou avec plus de raffinement simplement pour conclure l'interprétation de l'existence par notre imagination, l'accordant à ceux qui s’éternisent, tandis que l'histoire du grand méchant loup s'assombrit sans proportion.
#12
Chacun continuera, ou recommencera : il lui suffira de rassembler des branches pour raviver une flamme : voilà qu’un appel aussitôt émane et s'étend au travers du firmament. D'autres s'approchent, chacun apportant son fagot de bois ramassé en chemin. Ils se sont conglomérés, sans grandes associations ni coopérativisme, ils sont tous venus pour la même raison : pour écouter hurler, puis hurler à leur tour, rêvant d'incarner au moins la peau, pas tant la chair, de cet animal au sein duquel brûle une étincelle inextinguible.
#13
Car ne serait-ce pas incroyable, que le conte soit une invention du vilain, qui a feint une telle fin uniquement pour se cacher, afin de continuer la tournée pour l'éternité, d'aube en aube, sans revendiquer la paternité des événements, mais en les cachant sous forme de divertissement ? Le hasard a voulu : rien que le tout ne supporte, tant que ce qui importe est de maintenir le haricot des traditions dans le ventre vitré de l'acculturation, germant ponctuellement lorsqu'il s'agit de le montrer à ceux qui ne sont pas indifférents à une telle tige.
Rodrigo Santos
Le bleu est froid. Le rouge est chaud. Le ciel est bleu. Le sang est rouge.
Le ciel est bleu mais il n’est pas toujours froid. Souvent il est chaud. Lorsqu’il est chaud, il fait chaud.
Le sang est rouge mais il n’est pas toujours chaud. Souvent il est froid. Lorsqu’il est froid il est mort.
Il fait de plus en plus chaud. De plus en plus rouge. De plus en plus mort.
Les êtres de sang chaud s’éteignent inexorablement, irrémédiablement. Et les êtres de sang froid s’éteignent dans une ultime convulsion fébrile, dans l’indulgence d’un dernier frisson.
Au final, tout se résume au froid.
Quand toute la glace aura fondu, transformant les calottes en pelotes, ce ne sera qu’un pas de plus vers le froid universel.
En attendant, tout se réduira à une soupe bien plus chaude que la soupe primitive d’il y a 4 éons.
Après la récréation, la disparition.
Au divertissement succède l’extinction.
Et à la connaissance, ou à l'absence de connaissance, l’inexistence.
Jusque-là, profitons du souffle qu'il nous reste, enfouis dans des fouilles archéologiques, exhumant des ossements en abondance !
Soupirons du carbone 14 pour le temps passé,
Inspirant haletant les monoxydes et les dioxydes, pendant le temps qu’il nous reste.
|blEu & roUgE|
\Maria da Conceição/
A 5h du matin, nous nous activons et nourrissons les animaux. Ils sont alors à la bonne place pour être à l’ombre. Et puis nous devons aussi cultiver des pommes de terre, des haricots pour manger. Comme nous sommes dans une zone très sèche, nous devons semer des roseaux pour récolter et nous semons aussi du sorgho, que nous devons arroser tous les jours, mais nous profitons du début de matinée et de la fin de journée pour se protéger de la chaleur.
C’est très très mauvais, on n'en peut plus, on ne supporte plus la chaleur, ou à cause de notre âge, parce qu'on n'est plus jeune, mais la chaleur est insupportable, c'est insupportable, surtout dans cette région, c'est très insupportable, de 10h30 jusqu'à 17h.
Avec le froid... maintenant il ne fait plus aussi froid qu'avant, il ne fait plus très froid. On a tellement de vêtements et nous sommes aussi toujours en train de bouger. On ne s'arrête pas du moment où on se lève jusqu'au coucher, on ne s'arrête pas.
Parfois, les gens aiment aller en ville, tout le monde aime être en ville, tout le monde va en ville mais c'est une erreur. Ils ont tellement tort que je ne pense pas que cela en vaille la peine. Parce que nous ici dans les villages... Les gens ont peur des villages, les villages sont un paradis. Vous n'avez pas faim, tout
le monde a à manger, c'est le principal. Nous avons tout, les villages sont déjà propres, les villages et les maisons de village ont tout le confort. Parce que les gens qui vont en ville ont peur du village... Ce n'est pas comme il y a 50 ans.
Tout le monde se plaint de faire 8 heures. Nous, nous en faisons 16, j'ai fait 20 heures pendant de nombreuses années et je suis toujours là, je ne suis pas encore morte. Mais en fait, tout le monde est fatigué d'avoir fait 2 ou 3 heures.
Tout le monde est fatigué.
Ce sont des mammifères amusants, eux les éteints !
Le mammouth de Beira Baixa vivait ici il y a quelques ères, quelque temps après la pulvérisation de la Pangée, lorsque le manteau était encore de la gelée.
Il était tondu à la première lune après la fonte des neiges.
Ici à Gardunha, avec sa laine, on fabriquait des tapis pour l’entrée de la grotte.
Là-bas, à Estrela, on faisait des tapis en “burel”, pour l’entrée du bordel.
Ils ont toujours été plus libertins de ce côté-là de la vallée.
De ce côté-ci, ils chassent et cueillent aussi, mais on dit que le plus vieux métier au monde c’est berger.
Nos ancêtres, ceux qui s’abritaient dans des cavernes et maîtrisèrent le feu, n’imaginaient peut-être pas ce que leur découverte déclencherait au cours des 300 mille années suivantes.
La vie de notre espèce changerait radicalement, profondément, irréversiblement.
Il était une fois la préhistoire.
|lEs ÉtEints|
Avant l’avènement de l’écriture et de l’histoire, une foule de brebis devrait encore mettre-bas, il y aurait nombre d’agneaux à naître et nombre de trayons à téter et à traire .
Car c’est de cela dont parle toute cette histoire, d’êtres éteints et d’êtres en voie d’extinction.
Ascendants et descendants, tous issus de mélanges génétiques, certains indécents.
La profession de mercenaire alpha est probablement la plus ancienne des professions. La répartition de la chasse n’était ni douce ni altruiste, et les femmes n’étaient pas émancipées, elles étaient frappées. Mais ça, c’était il y a des milliers d’années, disent les coutumes…
Revenons à notre histoire.
Qu’ont-ils dominé en premier, le feu ou le bétail ? Le feu, bien sûr ! Pour pouvoir marquer le bétail, rôtir le bétail et socialiser autour du barbecue, du bétail, qu’ils finiraient bien par dominer. La bière a suivi, naturellement.
Et le commerce, et la roue, et la sédentarisation.
L’obésité tarderait encore un moment à se développer, grâce au fromage de nos montagnes et de nos bergères, évidemment, les plus anciennes professionnelles au monde, également en voie d’extinction et toujours pas syndiquées.
Parce que même les pionnières de la transhumance sont des passantes du temps dilué dans les eaux polluées qui coulent langoureusement vers la mer.
\Alcina/
Nous avons encore beaucoup de sources, mais ça dépend des régions. Quiconque arrive à Videmonte dira :
“Videmonte est une région très riche parce qu'il y a beaucoup d'eau, il y a beaucoup de sources qui coulent toute l'année”.
Le village a, je ne sais pas, environ 7 ou 8 fontaines qui ne sèchent jamais pendant toute l'année. Mais ce sont des sources qui sont canalisées vers le village, ce sont des bonnes sources.
En général, nous manquons d’eau pour l’irrigation. Par exemple, des endroits qu'on appelle ici dans les montagnes, les marais, comme l'eau appartient à la commune, que se passe-t-il ? Je suis sans eau dans mes terrains depuis presque un mois maintenant. Les gens veulent arroser, ils la dirigent vers le village, et après ça va au barrage. Le barrage est maintenant plein, les gens qui sont après le barrage, qui jette maintenant de l’eau, en profitent, par contre moi qui suis avant le barrage, je me retrouve sans eau. Nos terrains sont sans eau depuis près d'un mois.
Parfois nous disons que nous sommes dans une zone avec beaucoup d'eau, mais ce sont les fontaines que nous avons dans le village qui sont trompeuses quand nous disons que nous avons un village avec beaucoup d'eau, car sinon nous avons une pénurie d’eau comme les autres.
La mer ? Je la connais, je la vois rarement !
J'aime la mer. Ce n'est pas quelque chose qui... en comparant aux gens qui y passent peut-être 15 jours, ou d’autres gens qui y passent un mois de vacances ou quelque chose comme ça, peut-être qu’à moi ça ne me dirait rien. Ou ça ne me dit rien parce que peut-être il n'y a pas la place pour ça, qu'il n'y a pas de possibilité, n'est-ce pas ?
Il n'y a aucune possibilité d’aller à la mer ou autre, il n'y a aucune possibilité de vacances. On ne peut pas simplement mettre les moutons dans l’étable, leur dire tu restes ici nous partons ce week-end, ce n’est pas possible, ça n'arrivera pas. Cela ne peut même pas arriver parce qu'ils doivent sortir tous les jours, ils doivent manger tous les jours.
Nous avons déjà eu des moments où nous nous réveillions beaucoup plus tôt. Maintenant, nous habitons ici, mais nous sommes restés de nombreuses années au village alors que les animaux étaient ici.
C'était différent, porter le lait, une chose et une autre, nous nous levions plus tôt. Désormais, même en hiver, je n’ai plus à me soucier de me lever à 6 heures du matin.
Non, parfois c'est comme ce que je dis, soit je finis le fromage à 10 heures, soit je le finis à 10h30, ça fait une petite demi-heure de repos en plus. On n'est pas la nuit non plus, on ne se couche jamais quasiment avant 23h30. Par exemple, la dernière fois, c'était hier, il était 23h30 et nous étions en train de dîner.
N’est-ce pas ?
Le matin, si on doit se lever à six heures, c'est trop tôt ! Donc on se repose un peu plus le matin, parce que c'est ce que je dis, je m'en fiche si je finis les fromages à dix heures ou à dix heures et demie.
Ça finit par être la même chose.
Nous savons que nous avons cette vie à faire, nous devons la faire, peu importe...
En sens inverse, viennent les truites à la recherche des eaux froides et limpides où elles sont nées, pour aller frayer la génération suivante.
Mais les eaux ne sont plus froides ni limpides, car elles ne coulent même plus, elles s’écoulent, épaisses et vertes comme l’espoir. L’eau fraîche de la source 'existe qu'enfermée dans les bouteilles en plastique, d’ailleurs inventée par nos amis les nomades néolithiques, la bouteille.
Le plastique viendrait plus tard : il faudrait encore abattre de nombreuses brebis et agneaux, inventer la traite mécanique et le lait en poudre, les abattoirs et les boucheries, les rations cannibales et les parcs zoologiques, les zoos qui n’ont rien de logique.
Qui aurait dit que la scatologie au bord de la rivière nous mènerait si loin ?
Qu’il ne resterait de bucolique que la colique ? Pas toujours mais parfois alcoolique, car les liqueurs suivirent à la bière.
|lE mYcÉliUm mAgiquE|
Mais aussi les conserves et les fumés, les parfumés et les transformés, les emballés et les gaspillés, les lyophilisés et les falsifiés, les étiquetés et les discriminés, les criminalisés et les emprisonnés, les cagoulés et les décapités, les crucifiés et les momifiés, les circoncis et les stérilisés, les esclavagisés et les humiliés, les colonisés et les décolonisés, les retranchés et les institutionnalisés, les volés et les contrebandiers, les alphabétisés et les chômeurs, les fortunés et les gentrifiés, les censurés et les terrorisés - les silencieux, les boudeurs, les écoeurés, les amers et les anesthésiés, bref, peut-être simplement fatigués de tant de données, dubitatifs et résignés.
Quelqu’un aurait pu prophétiser que les mers s’ouvriraient bien grand pour recevoir, sans aucune pudeur, le déversement de notre créativité. C’était l’aube de la civilisation, les futures cités cosmopolites se dessinaient dans les mégalopoles embryonnaires qui ne connaissaient pas encore les couches mais reconnaissaient, reconnaissants envers la générosité des rivières, le fabuleux pouvoir absorbant de la latrine.
C’était le présage des grandes aventures qui finiraient encore par survenir, lorsqu'ils transformeraient les arbres en rames, les bois en bateaux et les forêts en lottes navales, dans un élan de courage, de bravoure et d’audace, voguant vers l’inconnu.
Et comme s’élancer en mer ne suffisait pas à tant de créativité, ils commencèrent à débarquer.
Loin des yeux, loin du coeur, dit-on un peu partout.
Et qui aurait dit qu’un jour, après avoir amarré et débarqué, ils iraient même alunir et amarsir.
La créativité n’a pas de fin. Tout comme l’univers.
Certains disent qu’un jour, la curiosité enivra la créativité et que des champignons récoltés dans de la bouse fraîche de mammouth apportèrent, en plus de l’art abstrait au sein de cette société, la perception de la tridimensionnalité du ciel et une volonté incommensurable de l’explorer.
La mégafaune aurait alors engendré, en plus d’un méga-délire, la conscience de la propre conscience, ce qui ne devrait rien à la flatulence du hasard.
Il était une fois le mycélium magique.
\Ana/
Le silence nous permet d'être plus présents, au quotidien, plus connectés à ce que nous faisons. Tous ces bruits de la nature, du vent, de la pluie, des animaux aussi. Cette présence différente, mais consciente, nous permet également d'avoir plus d'interaction avec eux, une connexion plus présente avec eux. Il y a beaucoup de communication avec eux, car même s’ils ne parlent pas, même sans émettre aucun son, juste leurs gestes, leurs mouvements ou leurs expressions, comme nous sommes avec eux, nous comprenons ce qu'ils pensent, ce qu'ils font, ce qu’íls veulent nous transmettre et nous parlons comme si nous parlions à un humain et oui, nous communiquons avec eux de la même manière.
Je viens d’une formation en biologie, la partie botanique est celle que j’ai le plus appréciée. J'aime regarder les communautés végétales, la flore qui apparaît, se met en place et disparaît. Par exemple, après l’incendie, la situation a complètement changé. Bien que les gens voient le feu comme un élément très négatif, il fait partie de ce que nous avons et n'apporte pas que de mauvaises choses, la mer de genêts que nous avions ici n'était plus une situation durable. Ici, la terre est très fertile et nous avions une forêt de genêts si dense que même les arbres n’arrivaient pas à survivre, les genêts devaient mourir et pourrir avant. D'accord, je ne suis pas sûre, c'est juste pour dire que s'il n'y avait pas eu d'incendie, les choses auraient continué, mais il a eu lieu, c'est une réinitialisation qui s'est produite dans le système et ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Bien sûr qu’il y a eu une érosion des sols, le système d'incendies récurrents que nous avons aujourd'hui est mauvais car il crée beaucoup d'érosion et ne permet pas à la végétation arborescente de pousser aussi vite, tout en souffre. Mais par exemple, ça ne brûlait plus ici, je pense que personne ne se souvient du dernier incendie, tout était déjà abandonné, la plupart des terres ici étaient abandonnées depuis plus de 20 ans, celles qui n'avaient pas d'agriculture maintenant et il y avait donc une très grande accumulation de matière organique. Ce n'était pas forcément mauvais. Cela a créé d'autres opportunités, maintenant je vois beaucoup de plantes qu'on ne voyait pas auparavant, qui arrivent maintenant, de nombreux petits arbres qui y étaient sans trop pousser, y arrivent maintenant plus fortement. Certains ont déjà la taille qu’ils avaient avant. D'autres non, ils sont morts.
Tout a des pours et des contres, tout n’est pas complètement mauvais ni tout n’est pas complètement bon. Mais pour en revenir à la question des plantes, là j'ai un peu divagué, j'aime regarder, j'aime observer la façon dont évoluent les communautés végétales, voir ce qu'elles communiquent aussi sur la terre. Nous voyons un pâturage ou des forêts, quelles qu'elles soient, et nous pouvons voir à travers ce qui s'y trouve, les espèces qui s'y trouvent, si la terre y est plus profonde, si elle est moins profonde, s'il y a plus d'eau, s'il y a moins d'eau. Tout cela est intéressant. Voir la diversité c’est beau aussi, la diversité de la vie. Puisque les moutons sont là, eux aussi... oh, c'est juste la partie végétale, je m'éloigne un peu, désolée, heureusement plus tard tout ça sera édité, parce que je commence à divaguer. En termes d'arbres, on en a besoin ici, il y en a très peu mais il y a une certaine régénération naturelle, beaucoup de chênes verts, car il y avait une grande forêt de chênes verts près de chez nous et les oiseaux rapportaient des glands. Il y en avait beaucoup ici, en fait pas énormément, mais bref, c'est ce qu'on avait le plus, des chênes verts. Beaucoup d’entre eux se rétablissent, d’autres non, voilà, c’est tout. Ce qui me fait le plus plaisir dans tout ça, c'est de semer les glands et de voir le résultat, puis de voir les chênes sortir de terre, et d'imaginer ce que cela pourrait être dans quelques années. C'est ce qui me procure le plus de plaisir dans tout ça.
Mais ce qui importe, c’est la laine des mammouths et la qualité de vie qu’elle apporta à nos bergères. La mammouth et son amie charmouta n’ont pas eu le malheur de connaître la traite mécanique, les mammites, les chaleurs synchronisées, ni l’insémination artificielle. Par conséquent, le mammouth n’a pas connu ces sondes électro-éjaculatrices bipolaires à des fins de recherche rectale. À cette époque, l’amour était électrisant et non électrifié, l’orgasme animal était à la fois sensuel et consensuel.
Ce n’étaient pas seulement les sondes qui étaient bipolaires et à un moment de créativité, ils observèrent que l’électrification des tempes dépolarisait les patients les plus impatients, vulgairement appelés malades ou déments.
Si le mammouth et la mammouth avaient été confrontés à une telle créativité, ils auraient sûrement migré vers les pôles et seraient possiblement encore gentiment connus aujourd’hui, au sein de la communauté vétérinaire la plus sarcastique, par multimètre sans maître.
|lA mAtErnitÉ|
Nos bergères respectaient la physiologie de leurs animaux, elles cherchaient à transhumer, pas à transhumaniser, et s’occupaient réellement de leur descendance, aussi transcendant que cela puisse paraître. Mais cela marquait néanmoins le début de la fin de la liberté de toutes les espèces voisines de la nôtre. C’est peut-être de là que vient l’expression utilisée en trinquant “À la nôtre”, trinquons seulement et uniquement à la nôtre.
Les autres finiront par y aller car on dit aussi par ici : qui reste reste, qui va va, bye bye. Baille baille disent-ils à Porto, et bye bye, disent-ils à Londres, oui, car entre-temps, les langues sont apparues. Elles disent toutes la même chose mais de manières différentes, et parfois, des choses différentes mais de la même manière.
Par exemple : lorsque les montagnards de la Serra da Estrela ou de la Serra da Gardunha ne sont vraiment pas intéressés par quelque chose, ils disent qu’ils le chient, tandis que ceux d’outre-Manche, dans une situation de désintérêt identique, bien qu’ils aient une réaction également scatologique, disent qu’ils ne le chient pas. Ça n’a aucun sens!
Enfin, les animaux de nos bergères parlaient la même langue partout sur la planète.
C’est peut-être pourquoi ils voyagent peu, car ils savent ce qui les attend au-delà des frontières qui n’existent pas.
Ou est-ce dû aux clôtures, sans compter l’amertume des sondes, certaines également électrifiées ? Ou aux chiens de garde ?
Ou les visites sans retour dans ces maisons où ils entrent en file indienne ? Stratégie de guerre millénaire, où les guerriers marchaient les uns derrière les autres et les derniers effaçaient les empreintes. Mais les animaux de nos bergères n’étaient ni des guerriers ni en guerre avec personne.
Cependant, quelqu’un était en guerre avec eux, et nombreux étaient ceux qui liaient l’inutile au désagréable, leur créativité parviendrait aux jumeaux en laboratoire.
De l’éjaculation précoce électro-forcée germa la fécondation en verre fumé pour passer inaperçu dans le transit vaginal.
\Maria da Conceição/
Elles ne consentent même pas ! Il y a de tout, les animaux sont aussi comme les humains, tels quels ! Les animaux sont tout, il y en a beaucoup qui ont des enfants, mais il y en a très peu qui ont des enfants et qui les abandonnent, voilà. Mais sur cent, un. Tous les autres sont aussi affectueux qu'un être humain. Mais un bon être humain, pas un mauvais être humain. Oh, c’est ça, les enfants, mon Dieu.
Maintenant, chez l'être humain, je pense que la maternité est la plus belle chose qui puisse exister sur la surface de la Terre.
Quand on a un enfant avec beaucoup d'amour, c'est la plus belle chose qui puisse exister. Et la plus belle chose qui puisse exister et qui devrait être bien plus forte qu’elle ne l’est, c’est l’amour entre parents et enfants. Je me sens très triste quand, parce que ça arrive, lorsqu’il y a un père qui peut être un mauvais parent, ou parce qu'il n'a pas de bonnes relations avec les siens ou n'a pas eu l'affection qu'il aurait dû avoir…
Un homme est aussi parfois capable de forcer une femme à faire certaines choses, en la maltraitant d’abord, puis en la forçant. Il ne devrait pas faire cela, car il n'y a pas, comme vous le voyez en tant que femme, d'animal mâle qui traite mal la femelle. Hé, arrête la danse.
Hé, les femelles sont aussi terribles et encore plus aux jours d’aujourd'hui, il n’y a rien à faire. Et je pense que parfois, je ne sais pas, écoute, le monde est fou. Je ne sais pas, j'avais des mots mais je ne vais pas les dire, j'avais des mots à dire mais je ne vais pas les dire parce que je pense qu'il ne faut pas les dire, mais le monde est complètement détruit, par lui-même.
Et non mesdames et messieurs, les gens ne voient qu’eux mêmes, parce qu'ils sont bien habillés, “je suis mieux habillé que l’autre et mes fringues sont mieux que celles des autres”, et ils finissent par oublier qu’il y a des choses qui ont plus de valeur que les vêtements.
\Ana/
Ils ont retiré la maternité aux femmes. La femme est juste une chose qui est là, qui portait le bébé à l'intérieur et un médecin arrive et pense que c'est lui qui fait l’accouchement. La femme ne peut pas être comme elle le souhaite, elle ne peut pas marcher, elle ne peut pas s'accroupir, elle ne peut pas être dans les positions les plus naturelles pour elle, pour faciliter l’accouchement, car cela n'est pas pratique pour le médecin ou quiconque est là. Comme une fois j’en ai entendu une dire qu'elle n'avait pas à se prendre de liquides de grossesse. La femme enceinte devait s'allonger, même si c'est la position la plus inconfortable, cela n'a pas d'importance car le médecin doit être à l'aise et non la personne qui accouche. Ce type de vision me révolte et c'est très ancré dans notre société, cette façon de dévaloriser le rôle de la femme, la maternité et la vie. Tout est technologique, tout est contrôlable, tout doit être planifié. C'est un peu abstrait, mais ce n'est bon pour personne, ni pour les nouveaux bébés, ni pour les mamans, ni même pour les hommes, ça finit par ne pas l'être, donc on se retrouve là tous déséquilibrés et fatigués et irrités, ce système n'est pas équilibré, et c'est quelque chose qui vient d'un contexte très laid, de contrôle et de mal, que les gens ne réalisent même pas que c'est vraiment enraciné dans le système dans lequel nous vivons.
\Alcina/
C'est comme ça, de nos jours, les pères font déjà, à part allaiter, ils font déjà tout comme les mères, non ? Par contre, du côté animal, le bélier et je pense que les animaux comme le bélier, le mâle de la brebis, n'ont aucune affinité avec leurs enfants, pour eux ce sont n'importe quel animal.
Par exemple, on a les hirondelles ici, on voit qu'il y a des couples qui restent, qui travaillent ensemble pour nourrir leurs enfants, alors que le bélier n'a pas ce souci-là, ça n'a rien à voir. Son travail consiste à engrosser les brebis et à partir de là, il ne fait plus rien, il est plus paresseux.
Nos bergères étaient nées et accouchées comme leurs bêtes mais un jour elles cesseraient de l'être, quand le silex serait échangé contre des lames en inox et l’accouchement remplacé par un sommeil synthétisé dans l’alchimie des temps modernes. Ce serait l’ère du jetable et de l'anesthésie générale, à l’intérieur et à l’extérieur des salles de chirurgie plastique corrective de défauts esthétiques maléfiques, pendant la célébration de l’asepsie, portée à un niveau probablement maladif, et tout cela garanti par les irrésistibles bonbons antibiotiques pris sans parcimonie ni cérémonie.
La gratitude fût gratinée dans un incinérateur quelconque et servie froide pour améliorer l’indigestion et promouvoir le malaise général. Le don de la vie serait divisé en parcelles de dette.
Accoucher à ventre ouvert vaut plus cher qu’un chevreau écorché et noyé dans de la marinade à l’ail.
Et on ne sait pas très bien quand ils ont abandonné le ragoût de placenta et le braisé de lochies pour fêter l’accouchement réussi. Les doulas furent aussi abandonnées sans jamais avoir réussi à se syndiquer.
|AdAm & EvE|
Elles travaillent maintenant dans la décharge qu’on peut voir d’ici, à mi-chemin de l'Etoile, pas filante, peut-être décadente, carbonisée sûrement.
Elles viennent de finir un déjeuner arrosé à l’huile d’olive bouillante pour commémorer les temps où on envahissait des châteaux et on rôtissait des savants imprudents sur des bûchers publics mais peu pudiques. L’air de la Gardunha sent le granit, même pour ceux qui n’ont pas l’odorat très fin.
C’est une odeur agréable sachant qu’il a 300 millions d’années. Calme et tranquille, il transmet une sérénité ineffable dans son monologue solitaire.
Pour l’entendre, il ne faut pas être sourd mais un peu fou. Et combien d’histoires a-t-il à raconter ! Il a assisté à l’apparition des organismes complexes, à l’émergence de la reproduction sexuée et même de la reproduction sans sexe, en passant pas le sexe sans reproduction. Car pour arriver à l’extinction il a bien fallu jouer à la reproduction. Il a assisté à la reproduction et à l’extinction de nombreux individus qui ont parcouru ces lieux. Et il continuera d'observer avec son calme inébranlable.
Dans son coeur électronique repose notre bibliothèque d’Alexandrie, avec l’avantage qu’elle ne peut pas brûler, malgré les efforts innombrables et successifs qui ont laissé la Gardunha et l’Estrela dénudées, pour le plaisir des plus pervers et la satisfaction de leurs déviances. Continuez, vous êtes sur la bonne voie, disent les atomes du granit, experts en épisodes cataclysmiques d’extinction de masse. Et nous verrons à quoi vous sert le pognon lorsque vous serez au bord de l’extinction, lorsque vous sentirez la matière grise aussi sèche que de la bakélite, lors de la suprême encéphalite, lors du dernier spasme de votre ère dorée, pendant le frisson final, sombre, terminal.
Bref, continuez comme si demain n’existait pas et un jour, réellement, il n’y aura pas de lendemain.
Lui aussi n’a pas de syndicat mais il est riche en silicates et conséquemment en silicium. Malgré son équanimité magnanime, il traite une quantité considérable d’informations, 300 millions d’années d’informations. Grâce à son côté glacé, il n’a pas besoin de refroidisseur externe. C’est un véritable processeur de mémoire moléculaire en sémantique numérique, quantique ou pas, ça n’a pas d'intérêt. Ce qui intéresse c’est la connaissance qui émane de sa vibration atomique, soit disant inapparente selon son apparente frigidité.
Quant à moi, je resterai en route vers l’Aurica, que je préfère appeler Américalia en hommage à votre Amália. Et je vous laisse cette question : savez-vous combien d’atomes se trouvent dans 1m3 de granit ? 6 fois 10 à la puissance 23.
600 millions de millions de millions d’atomes !
Si je n'avais pas été du granit, j’aurais aimé être un photon, pour voyager du Soleil à la planète Terre en 8 minutes, vivre éternellement et imprimer les rétines de couleurs vibrantes, excitantes et luxuriantes.
\Maria da Conceição/
L’humanité veut être propriétaire de plein de choses, et quand elle veut vraiment l’être, pour vouloir être propriétaire, elle invente. Elle invente l'un est Jésus-Christ, un autre est le Royaume de Dieu, un autre est ceci, un autre est cela, un autre est chrétien, un autre n'est pas chrétien, un autre est Jéhovah, un autre est... Les religions sont toutes pareilles, il faudrait que chacun vive de son côté. Moi, je ne suis personne, j'aimerais même apprendre avec des gens qui... Mais je le répète et je vous le dirai maintenant, franchement, s'ils croient et prêchent, quand ils viennent devant les gens, qu’ils accomplissent. Je vais vous dire une chose, je n'arrive plus à écouter personne, je ne crois plus personne. Être là bababababa puis juste après c’est de la sauvagerie.
Ah non, pas ça.
\Ana/
Pour moi, cette interprétation de la Bible, ça pourrait être, je ne sais pas, je ne suis pas une savante de ces choses, mais ce qu'il me semble, c'est que ça pourrait être, peut-être, que le jardin d'Eden pourrait être notre vie en tribu, dans une communauté, dans laquelle nous n'avions pas d'agriculture, c'était l'abondance de ce que la forêt et la nature donnaient. En fait, si l’on regarde les tribus qui existent encore, elles n’ont aucune carence nutritionnelle, elles vivent bien, à moins qu’elles ne soient tuées par un léopard ou quelque chose comme ça. En dehors de ces choses, ils vont bien et vivent bien et en bonne santé. Ils n’avaient pas besoin de travailler autant, ils n’avaient pas autant de guerres et tout ça. C’est peut-être ce que dit la Bible à propos du jardin d’Éden. C'est dans cette phase que nous souhaitons ici un peu d'agriculture, mais l'objectif est cette relation avec l'écosystème de pré-humanisation. Par exemple, lorsque nous aurons beaucoup de forêt indigène, nous pourrons vivre davantage de ce que la forêt nous offre que de l’agriculture. Par exemple, les glands, la nourriture de nos ancêtres, historiquement, je ne peux pas le dire, mais je pense que jusqu'à récemment, dans l'Alentejo, les gens mangeaient beaucoup de glands. Ma mère dit encore que son père achetait des glands de chêne vert pour les manger à la maison et qu'elle aimait bien. Il y avait tout ce rapport à ce que la nature nous procurait elle-même, qui a ensuite disparu avec l'agriculture. Nous aimerions ici retourner dans ce jardin d'Eden, pour ainsi dire, où nous pouvons accéder à la forêt et vivre de ce qu'elle donne - diverses baies, glands, châtaignes, et même un peu de gibier, s'il y en a en abondance. Les animaux seraient toujours mieux, de mon point de vue, s’il y avait de l’abondance, car nous sommes trop nombreux maintenant et si tout le monde faisait cela, nous ruinerions le peu de vie sauvage qui existe. Mais éthiquement, pour moi, il vaudrait mieux que l’animal fasse ce qu’il veut plutôt que nous décidions de tout concernant sa vie. Pour en revenir à ce qu'on avait déjà dit, ce n'est pas contraire à l'éthique mais du point de vue de l'animal ce serait peut-être mieux, je ne sais pas, c'est différent.
\Maria da Conceição/
Compte tenu de ma sagesse, d’ailleurs j'ai déjà lu toute la Bible, je n'ai pas la sagesse capable d'expliquer ces choses, comment elles sont arrivées, comment nous sommes. Mais je crois en quelque chose de surnaturel. Et je crois que parfois nous ne décidons de rien. Les choses arrivent parce qu’elles doivent arriver. Je ne sais pas, je n'ai pas la sagesse pour ça. Maintenant, je le répète aussi, je crois aux scientifiques, maintenant comment font-ils pour rechercher un os qu'ils trouvent et qui a des milliards et des milliards d'années ? Je ne sais pas ! Je n'en ai pas la capacité, je ne critique personne, nous avons cette doctrine et on nous a appris qu'il y a un dieu, ce dieu n'est pas n'importe quel dieu. C'est quoi ? Pour moi, c'est un titre qu'on lui donne, à un être que personne n'a vu. Personne ne peut nier l’existence de Jésus-Christ.
\Ana/
Ici, nous souhaitons retourner au jardin d’Eden, autant que possible.
Oui, ce rapport à la nature qui existerait pendant cette phase pré-civilisation.
\Maria da Conceição/
Chaque chose à sa place, le singe est le singe, le chien est le chien, le chat est le chat, la poule est la poule, ceci ou cela.
Comment apparaissons-nous ?
Personne...
Que les gens et les scientifiques se taisent parce qu’ils ne savent pas. Personne ne le sait.
\Alcina/
Ce qu’on m’a toujours embellit, c’est ce que le catéchisme m'a enseigné. Dieu a créé le ciel et la terre. Je n'ai pas non plus d'études supérieures, je ne peux pas manifester ce que je ne sais pas. Bien sûr, il existe les deux versions. Quelle sera la plus... Je ne sais pas.
Je pense que nous avançons à grands pas vers la fin, c'est peut-être le cas. Maintenant, la raison du début, je ne sais pas, j’embellis l’histoire parce que c'est cette histoire qui m’a emballée au berceau, Dieu a créé le ciel et la terre, n'est-ce pas ?
Serons-nous tous profondément aliénés de l’insurrection qui se prépare ? Comme on dit, rien ne se perd, tout se transforme. Peut-être deviendrons-nous le combustible fossile du peuple docile qui finira par apparaître. Lui serait-il difficile de comprendre à quel point un biome est fissile et à quel point il est facile de le détruire ?
Que peut contenir un cube de 792 mètres de côté ? Il peut contenir 8 milliards d’Humus Sapiens dans leur processus lent de fossilisation et de transformation en combustible. Ce n’est pas tant que ça, vu que depuis 1850 nous avons consommé un cube de 2779 mètres de côté, soit un cube 3 fois et demi plus grand que le cube humain.
Espérons, pour son bien, que les êtres du peuple docile qui finira par apparaître soient moins nombreux ou qu’ils brûlent autre chose pour se chauffer, pour se refroidir, pour se divertir et pour se déplacer. Et si ce n’est pas le cas, tant pis, et bonne chance pour son séjour sur Terre.
|lE fUtUr|
Après nous, viendra un coma planétaire mais pas le dernier, seulement passager, tout comme nous l’avons été : passagers du vaisseau mère jusqu’au dernier souffle, individuel et collectif.
Le vaisseau poursuivra tranquillement son voyage à travers l’univers, digérant avec les enzymes du temps les déchets de notre insoutenabilité et les restes de notre créativité industrielle car il a tout le temps du monde. Dans son journal de bord sera enregistré le moment où des champignons cueillis dans de la bouse fraîche de mammouth ont changé le cours de l’histoire d’une espèce et de toutes celles qui avec elle cohabitaient lors de son voyage à travers l’espace intersidéral.
\Alcina/
Je crois que le fromage ne cessera jamais d'exister, mais fabriqué de manière traditionnelle, il sera perdu, je crois.
\Ana/
Maintenant, vaut-il mieux ne pas parler jusqu'à ce que le bruit passe ou est-ce pareil ?
Les emplois gouvernementaux, la bureaucratie aussi, je serais limitée à la bureaucratie, je ne pourrais rien faire de spécifique. J'ai commencé à comprendre que la seule solution était de travailler dans une association privée, avec plus de liberté, et même là, toujours très conditionnée car les associations aussi doivent le faire, tout doit obéir aux règles de l'État. D'un côté, cela peut être une bonne chose de protéger certaines choses du patrimoine naturel, mais cela peut aussi trop limiter et empêcher les gens de faire quoi que ce soit. Nous avons souvent rencontré cela. Une personne étant seule a une autre liberté pour trouver ses chemins et ainsi de suite. J'ai commencé à réaliser toutes ces choses en cours de route et j'ai commencé à voir que c'était là que je serais le plus épanouie. Et c'est ce qui m'encourage au quotidien, d'être ici et de voir notre travail, de voir les arbres pousser, de voir les moutons, le travail qu'ils font sur la terre, de voir la culture qui disparaît, par exemple dans la fabrication du fromage. Dans l'agriculture traditionnelle, ces choses qui disparaissent et qui, je pense, sont importantes pour l'avenir - en préservant ces connaissances, nous travaillons également pour faire ce genre de choses et c’est aussi encourageant.
Pour moi, il n’y avait pas d’autre issue que celle-ci pour que je sois bien !
Il y a d’autres solutions mais je ne serais pas bien.
\Alcina/
Nous apprenons facilement ce qui devient facile pour nous. N'est-ce pas ?
Qu'est-ce qui devient facile pour nous ?
Nous roulons en voiture, nous conduisons ceci et nous conduisons cela. Nous apprenons ça facilement.
Passant maintenant de facile à difficile, c'est déjà plus difficile.
Je crois vraiment qu'il est très difficile de revenir en arrière, parce que la société n'est prête à faire aucun sacrifice pour quoi que ce soit. Ma fille se fâche pour tout et pour rien, elle se fâche à la maison quand je fais parfois un mauvais tri des poubelles, parce que parfois je suis pressée et je ne le fais pas toujours. Elle me gronde à chaque fois et parfois je lui dis même “Hé Simone, arrête, regarde, c'était juste une bouteille”, “Bon, si tout le monde pense comme toi, je ne sais pas quoi…”, elle me gronde tout de suite.
Et parfois je dis “aux vrais coupables personne ne dit rien”, bref.
\Maria da Conceição/
Tout le monde verra la fin de ses jours, la vie à un terme. D'accord, nous avons un cycle à vivre et c'est très triste, la mort est très triste.
La mort pour moi, je le répète, est très triste. Quand on la perd, on perd tout, c'est très triste.
\Alcina/
Ce que je pense parfois, c'est que lorsque nous parlons ou entendons parler, par exemple maintenant dans le cas spécifique de la guerre en Russie, c'est que parfois les hommes ont tellement de pouvoir qu'en utilisant mal ce pouvoir, ils peuvent tout détruire autour d'eux et nous pouvons tous y périr. Ça pourrait arriver, je ne sais pas. Maintenant, je parle de cette question de guerre, je crois que s'ils font ce qu'ils disent, et qui suis-je pour parler de certaines choses, de ces bombes atomiques, de ces choses, s'il commence à y avoir un conflit et qu'ils commencent en utilisant ces choses, je pense que ça peut donner le début de la fin de tout. C'est peut-être mon opinion sur cette fin, ça pourrait toujours être la raison pour laquelle ces gens puissants veulent tout et mettent fin à tout à cause de leur avidité de pouvoir. C’est ce dont je suis le plus convaincue, ce sont ces gens qui... voilà, en voulant tout, ils perdront tout pour eux et pour nous, et nous nous perdons au sein de tous ces conflits.
\Maria da Conceição/
De l’austère pittoresque au savant passant par l’érectile ;
Du paléolithique au néolithique passant par le rachitique ;
Du silex au silicium en passant par le granit : Il ne manqua plus qu’à inventer l’eau en poudre et le désert ne serait jamais une menace.
Mais les ignorants des ripisylves préféraient épuiser leurs rivières et leurs ressources, et militaient pour l’eau comme vecteur de leur inhérent manque d’hygiène morale et sociale, experts et érudits en mauvais environnement jusqu’à ce que la mort les sépare.
En attendant, nous pouvons planter un arbre, avoir un enfant et écrire un livre, pourquoi pas “Tsunami mon amour”, une histoire d’amour bien sûr, et d’inceste, sur une espèce singulière par sa pluralité et sa promiscuité, une histoire de harcèlement persistant, d’amants s'ennuyant, de diamants sanglants, l’histoire d’une planète qui semble vindicative mais qui n’est, en réalité, que revendicative.
|l’EssEncE|
“Tsunami mon amour” se terminerait avec le hurlement d’une louve venant de se régaler de la jugulaire chaude d’une chèvre désormais froide. Tandis que la louve jouit en rouge, la chèvre s’évanouit en bleu. Parce que le bleu est froid et le rouge est chaud.
C’est peut-être pour cela que le chaperon de la petite est rouge, pour attirer le méchant loup. Attention, il pourrait être accompagné de sa meute, c’est un animal très social le méchant loup. C’est un très méchant animal le méchant loup mais il sait qu’après le manque de sang, vient le manque de vie. Et les troupeaux ne sont pas abondants par ici.
L’abondance n’est pas l’absence de pénurie, c’est avoir la conscience de la pénurie, la perception de la finitude, souvent ignorée à la légère.
Légers d’esprit sont celles et ceux qui ignorent les limites de la vie d’autrui tant leur affinité envers eux-mêmes est infinie.
\Alcina/
Écoutez, j’ai déjà été, dans ma vie, j'ai déjà été très heureuse.
Et parfois, disons-le ainsi, j'étais très heureuse et je ne le savais pas. Mais ce n'est que lorsque nous perdons des choses que nous le voyons.
Avant, quand ma fille, l'aînée, avait quatre ans, elle a donné son premier spectacle avec le groupe folklorique de Videmonte, elle avait quatre ans, une toute petite fille, elle et un petit garçon de son âge aussi. Elle nous a tous entraînés un peu là-bas. Elle fut la première, puis ça a été sa soeur, plus jeune de cinq ans, puis nous l'avons tous suivie. Nous y sommes tous allés, tous les quatre au groupe folklorique de Videmonte. Nous y sommes allés tous les quatre.
Et nous étions heureux comme ça. Je peux vous dire que nous étions heureux. Souvent, la nuit, imaginez ce que c'était lorsque nous avions une répétition un samedi soir ou un vendredi soir. J'ai dû sortir les moutons une heure plus tôt, j'ai dû tout faire une heure plus tôt pour pouvoir être là. On faisait tout à la volée, on faisait tout à la volée mais on le faisait par question de goût et du plaisir que ça nous procurait, au fond, de sortir, de rencontrer de nouvelles personnes, d'être avec des gens pendant un moment. C'était bien, voilà, cette partie était vraiment bien.
Malheureusement, j'ai perdu ma fille et avec ma fille, le groupe folklorique est également mort. Il n’y a plus jamais eu de représentation, il n’y a plus jamais eu de répétition, tout s’est arrêté dans le temps.
Si j’aurai la force de revenir, je ne sais pas si je le ferai, le temps nous le dira.
Peut-être qu’il y a des gens qui attendent que je dise oui, que mon mari dise oui, pour se remettre sur pied. Mais c'est difficile. C'est très difficile, nous avons perdu... ce qui nous attirait. Ma fille a donné sa vie pour le groupe.
Je me souviens qu'après ses funérailles, il y a eu des amis, des amis et des collègues d'université qui sont venus ici un mois plus tard. L'accident s'est produit en novembre, ils sont arrivés ici en décembre. Et là ils ont pris contact avec ma fille et là ils ont été d'accord, alors nous sommes allés parler au curé, il a dit une messe, et des gens et des amis sont venus, puis tout le monde est allé au cimetière, du cimetière ils sont venus à la maison parce que j'avais préparé le déjeuner, ils venaient du bas de l'Alentejo. Ma fille a étudié à Idanha, elle avait beaucoup d'amis de cette région là. Et une question qu'une fille m'a posée, je ne l'ai jamais oubliée, elle m'a demandé, nous étions dans sa chambre et je leur ai dit s'ils voulaient emporter un souvenir d'elle, ils pouvaient choisir ce qu'ils voudraient, et elle m'a dit : “J'ai une question à vous poser”, “si je sais répondre”, “Quand Raquel est partie, est-ce qu'elle portait ses vêtements du groupe ? Et j'ai dit "Non", "Tu sais parce que le dernier dîner que nous avons eu, elle n'y est pas allée parce qu'elle avait une présentation avec le groupe, elle a donné sa vie pour le groupe, ses yeux s'illuminaient à chaque fois qu’elle parlait du groupe”. Et ça m'a tellement marquée, je regarde encore parfois son foulard et ses affaires et je dis “bon, vraiment”, mais on ne pense pas sur le coup, on n'a pas la tête pour penser. Et depuis j’en ai tiré mes conclusions, j'étais très heureuse et je ne le savais pas.
Quand vous parliez du rapport avec le silence, j'aime beaucoup me promener dans la campagne. Prendre soin des moutons me manque, si j'ai un jour, une semaine où je ne m'occupe pas des moutons, je ne vais plus bien, parce que ça me manque. Ma relation avec la campagne me manque.
Et j'ai appris après l'accident et après tout ce que j'ai vécu, j'ai vu que les moutons me comprenaient. Je l'ai vu, parce que j'ai vu que, si je me sentais mal, il y avait des jours où j'étais fatiguée de tellement pleurer, ils venaient vers moi et avec leurs petits nez me léchaient le visage, me fouinaient partout et je disais "Comment est-ce possible ?”
Il faut passer par quelque chose de si fort pour se rendre compte à quel point ces animaux, on dit qu'ils n'ont pas de sentiments, qu'ils n'ont rien, pour se rendre compte que vraiment, les gens en ont, les animaux ont presque des sentiments comme nous. Parce que si on frappe un chien ou quelque chose comme ça et qu'il se comporte mal, il reste couché, non ? Ils ont des sentiments. Quand mes chiens me voyaient mal, ce Teodoro, il s'appelle Teodoro, je devais me lever ou m'asseoir car il m'allongeait par terre pour me laver le visage. C'était incroyable de voir à quel point il ressentait la douleur que nous ressentions. C’était dur, c’était très dur, de perdre les bons côtés de la vie lorsqu’on enlève l'amitié aux gens, parce que si nous donnions tous un peu de nous-mêmes. Il a fallu apprendre, je dis quelque chose, je dis souvent ça à ma fille et je pense qu'elle le dit déjà comme quelque chose de naturel, “il faut apprendre à donner”, si nous apprenons à donner, je pense que Dieu nous donne le double. Et quand nous parlons de n'importe quoi et qu'elle dit maintenant : “Que Dieu nous donne quelque chose à donner et non à demander”. De temps en temps, j'entends ma fille dire : “Que Dieu nous donne quelque chose à donner et non à demander”, et c'est vrai, nous tous, nous devons tous donner, même si c'est qu’un câlin.
Combien de fois je me sens mal et je viens voir un ami et il me dit hé, peut-être juste un simple câlin, nous n'avons pas besoin de mots peut-être, juste un simple câlin sans intérêt, c’est déjà beaucoup.
Ce n’est pas une question, car la valeur ne dépend pas de la somme d’argent que nous pouvons transporter dans nos poches ou dans notre portefeuille.
Parce qu’on le dit, que peu importe combien d’argent nous avons, cela aide, oui, cela aide, et cela aide beaucoup, mais cela nous donne-t-il le bonheur ?
Je ne pense pas.
Je peux entrer n’importe où, nous l'avons toujours été, mon mari et moi, des gens très sociables, nous tous, par exemple ma fille quand elle est partie, ma fille, elle... J'ai eu un soutien du village qui est inexplicable, je ne peux pas expliquer. Parfois, je n'ai pas les mots pour expliquer. Nous avons toujours le rituel de passer chaque jour au cimetière. Mon rituel et celui de mon mari est le suivant, on traite, on fait cette partie ici, on prend le petit déjeuner, on va au café, on prend une tasse de café au café et on va au cimetière. Il faut y aller ! Parfois, il y a des gens qui me disent : “qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? Mais je dois y aller, voilà. J'ai l'impression de quand j’y suis, j'y reste un moment puis je reviens, j'ai l'impression d'apporter un air nouveau. Je ne sais pas comment expliquer.
Mais j’ai tout arrêté, c'est après l'accident que j'ai arrêté d'aller au café, j'ai arrêté de sortir, j'ai arrêté, je n'allais pas aux messes sauf celles de ma fille, je n'allais à aucune messe. Une chose, je suis une dévote, chacun a sa propre obsession et j'ai la mienne aussi. J’ai complètement arrêté d’y aller, je me suis beaucoup interrogée et j’ai dit : “J’ai tellement de foi en Notre-Dame de Fátima, alors qu’est-ce que ma foi m’a fait ?”
Je me suis remise en question comme ça.
Et un jour je me remettais en question et quelque chose a semblé me frapper à la poitrine et ça m'a dit : “Alors calme-toi, Notre-Dame a aussi vécu la mort de son fils, elle a tout vu”. N’est-ce pas ? Parfois je me demande : puis-je critiquer quelqu'un ? Parfois ma douleur est très forte mais je ne connais pas la vôtre. N'est-ce pas ? Pourquoi devrais-je toujours regretter la mienne ?
Je ne sais pas ce qu'il y a derrière ta chemise. N'est-ce pas ? Je ne sais pas ce qu'il y a derrière la chemise de l'autre. Nous devons le dire, si nous arrêtions d’être fiers et apprenions à donner, je pense que le monde serait bien meilleur. C'est exactement ce que je dis. Si nous devons donner, nous ne sommes pas obligés de donner un billet. Il ne faut pas, je pense que ce qu'il faut donner c’est un sourire, une poignée de main, un câlin au bon moment, je pense que cela vaut plus que tout.
En tout cas c'est ça... C'est ce que la vie m'a appris et dire, l'argent ça sert, ça sert, on en a marre de travailler pour l'avoir.
Si tu me dis comme ça, j'ai beaucoup de choses, j'ai beaucoup d'argent, non, je n'en n’ai pas.
Mais as-tu beaucoup d’amis ? Je dis “j’en ai”. J'ai de bons amis.
Dans l'ensemble, c'est ce que je peux dire.
J'ai ce dont j'ai besoin.
Dieu m'a donné une fille, oui, c'était un moment qui ne s'explique pas. Recevoir un appel téléphonique et dire « votre fille est morte dans un accident », c'est quelque chose... ça ne s'explique pas, c'est tout. Je ne sais même pas ce que j'ai vécu. À partir de là, je ne pense pas savoir si nous avons ici une injection interne qui anesthésie tout notre corps, car il y a des moments où j'ai ce truc, où je décroche le téléphone, (...) parce que Raquel a eu un accident et je ne sais pas quoi, et j'appelle et ils disent "Alcina, ta fille est morte".
A partir de là, on dirait qu'on a une meule à l'intérieur qui nous fait une injection juste là et... il n'y a pas d'explication. Parfois, j'aimerais pouvoir l'expliquer et je ne le fais pas.
Et puis nous tirons nos conclusions.
Ma fille était une personne super simple. Les discussions que j'avais avec ma fille étaient à cause de sa simplicité.
Aujourd’hui, j’ai appris, je l’ai déjà dit et je l’ai même dit une fois à la télévision. J'ai appris à connaître ma fille après sa perte. Je me suis mise en colère tellement de fois, elle était vraiment simple. Elle a obtenu un mandat d'avocat, elle travaillait déjà dans son bureau et les choses allaient bien parce que je ne lui donnais pas d'argent pour quoi que ce soit et elle ne me laissa aucune dette, n'est-ce pas ? Alors je m'énervais contre elle “Raquel va te faire faire les ongles”, “Euhh”, "Raquel, cette tenue ne te va pas très bien", "Euhh".
"C’est pas propre ? Maman ?"
Parfois je disais « Cette chemise est déjà vieille », elle portait souvent des chemises, des chemisiers ou des choses dans ce genre,
"Oh Raquel, ça...", "Oh Maman, n'est-ce pas lavé et repassé ?"
Et à partir de là, j'ai appris à voir le... et crois-moi si je parle, si on me traite de folle, si je dis que je lui parle, je le fais.
J'ai appris à savoir que sa simplicité s'est manifestée après ma perte. Aujourd'hui, j'ai appris que Raquel, comme me le disaient les vieilles dames, les personnes âgées, les sexagénaires, les soixante-dix, je ne dis pas soixante, je dis soixante-dix et quatre-vingts ans, qui me disent “Raquel n'était pas que la tienne, Raquel était à nous. Raquel manque à l'église. Raquel nous manque ici. Raquel était l'âme du groupe. Raquel était l'âme de la chorale car après le départ de Raquel, la chorale n'a plus jamais chanté, elle a disparu. Raquel était l’âme du groupe car après le départ de Raquel, il n’y a plus jamais eu de répétition”.
Je ne sais pas, et cette simplicité de cette fille, qui était vraiment simple, elle venait ici, nous avons un moulin derrière la fromagerie où nous broyons le seigle et le maïs pour les donner aux moutons. Elle venait là et marchait autour de moi toute couverte de farine, pleine, toute blanche. Je lui disais “Oh Raquel, regarde-toi !”, “Écoute, je m'en fiche, Maman”.
Combien de fois, les discussions que j'ai eues avec ma fille étaient dues au manque de soin qu'elle avait pour elle-même, mais ensuite j'ai vu le soin qu'elle avait pour les autres.
Et c’est ce qui a fait d’elle une personne formidable.
Parce que parfois on dit, cette année encore, je suis allée à Fátima à pied et il y avait un de ses parrains qui m'a dit : “Raquel, à 28 ans, a laissé un but dans la vie au village de Videmonte qu’aucun de nous ne laissera jamais derrière soi, qu’on meure à 80 ans, à 90 ou 100 ans.
Voilà pourquoi ma fille était une personne généreuse, je lui disais comme ça, je me mettais souvent en colère contre elle “Raquel, tu n'as rien”, “Maman ça n'a pas d'importance”.
Et voilà, si nous sommes tous prêts à donner, et pas seulement des sous, donner un câlin, donner du soutien, de l'affection, une visite, n'est-ce pas ?
Et je pense que si c'était comme ça, ça nous suffirait pour changer un peu le gâteau de notre société.
(tu) Feins
(il/elle/on) Feint
(la) Faim
(notre) Fin
Hein ?
Tiens
Mange ta main
Garde l'autre pour demain